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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 23:41

29 Juin 2003, 19h35

 

J’aurais tant aimé, Lew, que ça ne se termine pas. Que nous puissions encore vivre un peu, tous les trois ensemble. Il est avec vous deux, l’endroit où je me sens bien ; il l’est encore et maintenant savez-vous, je ne ferai que regretter ces quelques mois qui m’ont faite, telle que je suis, avec sans doute rien de très précieux ou de très désirable ; mais l’espoir tout de même que la beauté, que l’harmonie et que l’amour existent.

 

Vous pensiez ne rien avoir fait pour moi ; je pleure de n’avoir rien fait pour vous. Oui, je pleure et mes mains tremblent, et il me semble que c’est moi qui vous ai brisés.

Alors maintenant qu’il n’est plus temps de rien, que Lew est parti rejoindre Annabelle et balayer de sa fougue le mensonge dans lequel Clément s’est claquemuré depuis la fuite de ta maman Alex ; je vais le dire, à ce cahier qui n’est plus rien pour moi.

 

J’ai aimé ton père. Depuis très longtemps. Je crois même que cet amour existait depuis les tous premiers moments de ma vie. Peut-être as-tu entendu parler de la manière dont il m’a soignée lorsque j’étais encore bébé ; je ne te la raconterai pas encore une fois. C’est trop aigu, c’est trop essentiel.

Je croyais l’aimer depuis ce matin où il est venu me chercher à la gendarmerie d’Avesnes, depuis cet après-midi où il m’a annoncé que vous aviez convaincu mon père de m’envoyer à Mons.

 

Mais si ç’avait été le cas ; c’est de toi que j’aurais pu tomber à cet instant amoureuse. A ta manière, toi aussi tu m’as sauvée. Au regard que tu posais sur moi quand j’étais petite, si différent, si attentionné ; j’ai senti que je pouvais compter pour quelqu’un et dès lors j’ai compris qu’il fallait construire ma vie sur la recherche d’un idéal.

 

A ce moment-là, oui, je t’aimais, mais dans l’absolu ; comprends-tu cela ?  Car je savais déjà que pour toi il viendrait, le « prodige des prodiges » ; qu’il y aurait une fulgurance et que de cette fulgurance tu bâtirais très haut, dans la lumière.

Rien n’est perdu, dis-moi ? Oh, dis moi oui, que rien n’est perdu ; ne me laisse pas penser qu’il va falloir traîner nos peaux cinquante, soixante ans encore à ruminer cette perte, et qu’il aura fallu courber l’échine, rentrer dans le rang, mourir à petits feux.

 

Il vaudrait mieux tout arrêter d’un coup, là, comme Vlad, s’il ne subsistait plus la moindre étincelle, il vaudrait mieux disparaître si nous ne sentions plus du tout cet infime courant qui nous anime encore. L’espoir, oui, c’est l’espoir.

Je crois d’ailleurs que Vlad n’a pas voulu nous dire d’arrêter. C’était peut-être son ultime chance de se dire libre, et de décider.

Je le vois aujourd’hui, très bien, avec les yeux de ma conscience nouvelle. L’espoir a le visage, le sourire et les yeux de Lew.

 

Ce qu’il se prépare à faire est terrible, tu sais. Mais c’est ainsi qu’il enverra à la face du monde que nous sommes encore vivants, qu’ils n’ont pas réussi à nous rompre et à nous abattre. Le fou blanc rayonne encore sur sa diagonale ; à toute vitesse il tourbillonne, et il renverse. De ce qui nous pliait sous la menace, de ce qui voulait nous faire rentrer bien gentiment dans la prison de nos corps, il ne laisssera rien debout. Et il s’élèvera ces cités d’aurore et de plaisir que j’ai imaginées dans les songes de Vlad.

 

Vous partez maintenant, et me voilà toute seule. Nous reverrons-nous, un jour, ou même plus tard, bien plus tard, au ciel des idées platoniciennes ?

Cela m’importe peu, si vous vous retrouvez. Car vous ne vous retrouverez pas seulement pour vous, mais aussi pour Thierry, pour Sol, pour Vlad. Et pour moi.

 

Et vous vous retrouverez pour tous ceux qui pensent obstinément, malgré l’enfer des convenances, malgré l’étau de la « bonne moralité », que l’on a le droit d’aimer qui on veut, comme on le veut, et durant le temps seul où cet amour est vif. Qu’y a-t-il de criminel quand la sensibilité première désire, qu’y a-t-il donc de criminel dans ce qui nous offre l’émerveillement ?

Le crime n’est-ce pas plutôt de piétiner la plante qui éclot, le papillon qui s’éveille, ou la petite flamme qui monte ?

 

Dites-moi si j’ai bien compris, car quelquefois j’en doute, le crime c’est ce qui tue, et non ce qui fait vivre ? 

 

Rien ne sera facile, sans doute et jusqu’à votre vieil âge, peut-être poserez vous l’un sur l’autre des regards pleins de questions.

Mais vous vous êtes rencontrés. Ce n’est pas pour rien.

Et moi qui ne sais plus très bien au juste pourquoi j’ai aimé Clément ; je sais bien en revanche pourquoi tous les deux je vous aime.

 

Parce que vous vous retrouverez.

 

 

Par lewlotte - Publié dans : Epilogue
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 17:37
Voilà, les amis,plus qu'un texte et la fable sera jouée.
C'est moi qui, en Novembre de l'année dernière, avais ouvert un premier blog dans l'intention un peu diffuse de renouer quelques liens avec CHarlotte, qui me manquait et avec laquelle je n'avais pas tout réglé. Charlotte qui n'avait pu rester avec Clément et je ne savais pas trop pourquoi, Charlotte qui avait fui à Bordeaux sans que je sache trop ce qu'elle y devenait. A part les nouvelles données par Clément...

Ceci était notre histoire, mon cri tout d'abord, je ne savais pas que vous le partageriez, pendant un an, c'était inespéré. Vous nous avez tant aidés que c'est un peu tremblant et parfaitement honteuzékonfu que je vous livre aujourd'hui notre décision . Nous l'avions prise dès le départ.
Nous le savions, qu'après les dernières lignes de Charlotte, il serait juste que le livre sur nous se referme.
Mais un an, avec vous, qui nous avez parlé ou qui êtes venus, simplement, quotidiennement parfois... Un an à rire, à frémir, à partager, à éclore. Il nous faut encore vous remercier

Durant cette année, nous avons vu des blogs s'essouffler, se rompre, disparaître, ou "muter". Ce sont des lieux parfois puissants, mais souvent passagers. Je crois qu'il est bien difficile de les faire vivre longtemps, malgré parfois les relations intenses qui les sous-tendent. Lew vous le disait, c'était à la fois une thérapie, et une quête de réconciliation. Je ne peux pas dire que la thérapie soit à ce stade complète, mais la réconciliation , elle, est sincère; et après cette année, nous comptons affronter beaucoup de choses tous les trois ensemble. Nous consacrer peut-être à des combats nécessaires. Avec Lew, écrire encore; mais sans doute pas sous la forme du blog; quelque chose qui puisse être plus durable à offrir à tous ceux qui nous suivent et qui croient dans les mêmes choses que nous.
Mais la rencontre avec vous tous a été instimable et nous ne partirons pas comme des voleurs ou comme des ingrats. Il nous faut encore souffler un peu, ravaler notre émotion, et nous comptons laisser sur ce blog un petit quelque chose à chacun d'entre vous, qui nous a été précieux durant ce long parcours.

Nous laissons cette trace, comme le disait Al à Charlotte "cri parmi les cris", témoignage parmi les témoignages, et ce que je vous livre pour clore, ce sont les mots de Charlotte dérobés à Clément, ces trois pages de journal que pendant cinq ans j'ai transportées avec moi, avec lesquelles parfois, je l'avoue, j'ai dormi lorsque j'étais seul, qui étaient si absolues et si porteuses qu'il me fallait m'en imprégner longtemps, les distiller en moi, pour en faire une sorte de vade mecum, le souffle de mon existence, alors qu'elles furent écrites en moins d'une heure.
Je ne sais trop ce que nous pouvons rajouter après, du moins ici; peut-être certains trouveront-ils ces lignes un peu mièvres, mais pas vous qui nous avez lus régulièrement. Je sais que vous comprendrez cette fièvre, cette révolte et cet espoir; et qu' en fait ne nous ne sommes que des pantins pour les brandir, et les animer.
Que vaudrait une vie sans des idées ou des idéaux à servir?

Si vous en êtes encore, de cet élan final, jamais nous ne vous aurons vraiment quittés. Et d'ailleurs, nos messageries restent ouvertes , nos coms aussi, chacune de vos paroles est un cadeau; nous y répondrons.

Et comptez sur le Peeping Tom (ou la Peeping-Tomette) pour venir vous lire très régulièrement et déposer à l'occasion un petit bisou sous vos textes. Ne soyez pas tristes, si vous désirez un avenir de tolérance, d'amitié et de partage; nous sommes toujours un peu là.
Par lewlotte
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 16:43

fleurdeau
Jamais Lew pourtant, n’avait été à une rouerie près.

Très tôt, il avait perdu confiance dans les hommes ; et c’est pour cela qu’il avait toujours dans sa manche un petit tour qui le faisait sortir un petit peu vainqueur.

 

Il remit donc à Clément le journal de Charlotte ; mais sans oublier d’en découper les trois dernières pages. Soigneusement bien sûr, pour ne pas que les autres se détachent, avec un instrument effilé et précis. Le petit balisong acéré qui lui avait servi, huit ans plus tôt, à découper les costumes d’Andrew.

Oui, ce même tranchant armé duquel il était entré dans le monde des adultes, et qui n’était pas seulement fait de lames.

 

Il avait gardé les trois dernières pages, car elles n’étaient pas destinées à Clément. Alors, tout naturellement, il les emportait avec lui. Mais où ?

Non, pas déjà à Stuttgart.

« Maintenant, se disait-il, j’ai droit à des vacances. »

Il décida donc de partir au sud. Où donc, il hésitait encore. Et puis soudain, il lui revint des images de son enfance.

 

L’Atlantique roulant à grands fracas sous la lumière dorée d’une île, son île. Le seul endroit de vacances où il eût été pleinement heureux durant les premières années chaotiques de sa vie.

La petite maison basse et blanche, comme un secret à l’intérieur des remparts, et sa grand mère disparue trop tôt qui faisait griller des céteaux sur la braise et qui chantait en français tandis qu’ils préparaient une soupe glacée avec des pêches de vigne.

Une île? 

 

Lew était soudain heureux, du bonheur absolu et simple de l’enfance. A la nuit tombée, les rues de saint-Martin seraient odorantes, de belles de nuit, de giroflées encore chiffonnées de chaleur, avec le chant des mâts qui se heurtent dans les bassins du port, et l’île comme un giron fait d’haleine marine, qui se refermerait sur lui.

Déjà Lew fuyait vers le quai, fuyait vers ce point d’ouest redevenu essentiel, fuyait vers ce monde à fleur d’eau qui lui redonnait l’innocence.

 

Et derrière lui, à quelques mètres, une grande silhouette brune se mit aussi à courir ; ou plutôt à voler, dans le hall, et sur les quais, tant ses enjambées étaient longues et transportées d’espoir.

Tous les matins, il s’était tenu là, dans le hall de la gare, dans la même attente fiévreuse de Lew qu’une année auparavant. Il avait même passé des nuits à somnoler sur les banquettes car Lew peut-être sortirait, surgirait de la nuit pour revenir à sa rencontre, dans ce lieu initial où il l’avait tant espéré.

Et maintenant il était apparu, mais il partait, mais il partait. Vite.

 

Juste à la fermeture des portières, ils s'engouffra dans le TGV pour Paris où Lew venait de monter.

 

Par lewlotte - Publié dans : Le temps des accomplissements - Communauté : Homo sapiens
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 23:45

Il sentit quand même sur son épaule anesthésiée de douleur, la main de Clément qui se posait :

« Cinq minutes, Lew. Je ne peux pas plus. »

 

Alors Lew le suivit, et fut presque soulagé de retrouver des choses familières dans le petit cabinet ; la photo d’Annabelle poussée sur le côté par une grosse pile de dossiers en équilibre instable.

« Tu veux un café ? » Lew fit non de la tête et refusa même de s’asseoir.

Face à lui, Clément s’installa pourtant sur son fauteuil, avec toute l’apparence de la tranquillité.

 

« Qu’est-ce qui me vaut la faveur de cette dernière visite ? fit Clément en observant le sac à dos. Est-ce que, par extraordinaire, ce serait pour des excuses ?

Des excuses pour quoi ? émit Lew dans un ricanement mal assuré.

J’espérais… qe tu viennes là pour m’apporter autre chose que des questions…

Pour Annabelle ? Je ne vois pas bien pourquoi je devrais. Elle a agi en pleine
connaissance de cause. Pour Al, peut-être… Je ne pense pas retrouver un jour le bonheur que nous avons partagé. Ca ne justifie pas vraiment des excuses.

C’est sûr, vu comme ça… Mais alors, Lewis ?

La seule chose pour laquelle je devrais m’excuser auprès de vous, je ne l’ai pas faite.

Je crains de ne pas te comprendre, pourrais-tu m’expliquer cela ?

Ce serait un peu trop long pour le temps que vous m’accordez. Ah si, maintenant que j’y réfléchis je crois que je pourrais m’excuser pour avoir commis un vol. Mais pas auprès de vous… »

 

Et ce disant, il sortit de sa musette le vieux livre bordeaux râpé, avec ses spirales fatiguées de paillettes. Soudain Clément sentit ses yeux s’élargir. Il ne comprenait rien, ou plutôt, il craignait de comprendre.

«  Je n’ai rien à vous conseiller, poursuivit Lew d’une voix entrecoupée. Mais si vous pouviez vous isoler un peu, pour le lire.

-  Ce ne sera pas très difficile, il me semble bien que tu as fait le vide autour de moi…

-  Oh non, le vide autour de vous, cela a commencé bien avant moi. Mais si vous voulez absolument le maintenir, ce vide, en dépit de ce que vous lirez ; je ne peux plus rien pour vous.

-  Pour tout te dire, répliqua Clément après une courte pause, ça me coûte un peu d’avoir à suivre tes prescriptions. Mais compte sur moi, je le ferai. »

 

Avec hésitation, Clément se leva, les yeux encore rivés sur le petit livre. Lewis avait déjà gagné la porte et lorsqu’il se retourna, Clément ne vit plus qu’un petit garçon très fatigué, qui aurait pu être son fils.

 

«  Personne n’a été pervers dans cette histoire, Clément, et personne n’a été perverti.

-  Je le sais, Lewis. Bonne route. »

Par lewlotte - Publié dans : Le temps des accomplissements - Communauté : Alexis hayden
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