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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /2009 17:58

Quand il entra, Lewis trouva son appartement vide et poussa un long soupir de déception. L’ombre de la nuit froide se déposait sur les murs blancs, les meubles, le piano et couvrait le living d’un lourd voile de tristesse. On s’évertuait à comprendre Sol, à comprendre Charlotte ; pourquoi n’essayait-on pas de le comprendre lui ? Sa nature ne l’avait pas mis sur la voie la plus simple, et sans doute sa trop grande exubérance empêchait-elle que l’on s’intéressât à ses inquiétudes.

Il alluma la rampe halogène du plafond et la lumière crue éclaboussa brutalement toute la pièce. Il y avait un mot sur le piano.


Il frissonna de plaisir en reconnaissant la grande écriture nette et penchée qu’il avait appris à aimer durant ces derniers jours.

 

Mon amour,

 

Ne sois pas fâché, je n’ai pas osé te déranger au Conservatoire ce soir pour te prévenir. La soirée de boulot chez Maxime risque de se prolonger jusqu’à minuit.

Je viendrai te rejoindre juste après, mais qu’elle me tarde cette heure lointaine où je serai près de toi…

Al.

 

Al et sa touchante concision, Al qui en disait peu mais qui savait tellement l’aimer. Au fond, de quoi se plaignait-il ? Chaque soir, maintenant il retrouvait son grand corps tout brun, tout chaud, ses yeux bruns, enflammés, et cette timidité précautionneuse que les caresses transformaient irrésistiblement en l’ardeur la plus délicieuse. Comme leurs études les séparaient le jour, Lewis avait toujours peur que leurs nuits de volupté n’aient rien eu de réel, qu’il ne le retrouve pas le soir venu dans son appartement, comme si son existence même n’était qu’un mirage prompt à le rejeter dans son corps étranger, dans ses désirs inavouables quand venait le jour pesant et son lot de devoirs à remplir, de convenances à respecter, de secrets à enfouir.

 

En regardant la pendule ; lui qui répugnait à porter une montre, Lewis s’aperçut qu’il était dix heures, tout juste passées. Il avait encore plus de deux heures à tuer ; il n’avait pas vraiment faim de nourritures digestes. Tout son appétit se concentrait sur Al, qui serait bientôt là, transi, plein de flocons à mordre dans ses cheveux chocolats, et , tandis qu’il en rirait, d’air glacé à ravir sur ses lèvres bleuies.

Lewis alors décida de se plonger dans un bain brûlant, plein d’essenc es boisées, d’avoir les muscles déliés, accueillants et la peau odorante quand Il rentrerait. Tandis que l’eau coulait à gros bouillons en résonnant sur la fonte, et que s’élevaient des volutes de fumées chargées d’huiles essentielles, Lewis prenait le temps de se considérer, nu, devant le miroir. Oui, somme toute il avait de la chance, pour quelques années encore, avec sa peau claire, et ce corps affermi et sculpté par l’exercice physique, il avait la possibilité de plaire, de Lui plaire à la folie, et de le détourner de la tentation des autres corps…

 


«  Mais j’oublie ! s’exclama-t-il en se frappant le front, dans mon sac… » Et il alla ramasser sur le parquet du couloir son vieux baluchon qu’il desserra en jouant des doigts. «  Quatorze ans de piano… riait-il avec fierté, et j’ai les mains aussi alertes qu’un pickpocket !"  Et avec beaucoup de plaisir, il en sortit un livre bordeaux, usé, avec des spirales fatiguées de paillettes sur la couverture.

«  Attention à ne pas abîmer l’élégante déco…pouffa-t-il. Quel genre de lamento déchirant vais-je trouver là-dedans ? Si elle se meurt pour Al, ce truc va glisser dans l’eau du bain, je le sens… » A pas félins, il se dirigea vers la baignoire, puis commença par immerger son gros orteil gauche dans l’eau alourdie et fumante. «  Ouuuh, c’est limite, Lew… Courage ! De toute façon j’en ai pour un moment, peut-être. Tout dépendra du style. D’accord, je suis francophone depuis peu, mais j’aime les phrases bien réglées et l’orthographe correcte. Alors si c’est truffé de codes SMS, il  finira à la baye, le petit livre ! »

 

Par lewlotte - Publié dans : Le temps des dangers - Communauté : Alexis hayden
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