Samedi 3 octobre 2009
6
03
/10
/2009
10:04
Dans cette maison de ville en plein coeur de Salisbury, nous passons la nuit.
Une amie de mon père, mélomane, nous reçoit là mais le froid est très vif au premier étage, où je suis cantonné avec ma petite cousine Mildred.
Vous connaissez l'histoire, un couloir défraîchi obscur avec au bout, de vieilles toilettes. Et pourtant j'ai bien envie de...
Ah Jade, non, ce n'est pas l'histoire d'une carotte torride, mais celle d'un banal poireau engorgé qui n'ose plus traverser la maison pour déverser son trop plein.
Lew, à l'époque Weeloo doit protéger sa p'tite cousine des ombres, de ses ombres qui lui font grincer les dents. Quelle idée ils ont eu aussi, de conserver cette épouvantable relique. Comment
peut-on être à la fois délicatement mélomane et si cruellement chasseur?
Sur le papier peint à rayures qui sent la soupe au navets, Un lumignon projette les ombres tentaculaires de bois.
Ceux d'une grande tête de cerf, empaillée, une bête qui devait être magnifique, et qu'on n'a pas supporté de laisser courir au milieu des arbres, dans la brume et dans le givre qui scintille sur la
mousse. Non, il faut l'exposer là, cette grande tête majestueuse, et même les yeux de verre qu'on lui a enfoncé dans les orbites semblent pleurer encore. Même l'ersatz de regard est doux.
Et pourtant, Mildred qui aspire elle aussi comme une malade au pipi-room est prise de terreur. A l'idée que tombe sur elle le "monstre aux mâchoires mortes"
Mil; ce n'est pas de cette ombre-là qu'il faut avoir peur. C'est ceux qui ont tué et taxidermisé et triomphé non de la mort, mais par la mort qu'il faut avoir en aversion. La bête qui te regarde
avait des émotions, des souffrances, des plaisirs, de l'amour, comme toi. Elle allait peut-être rejoindre son amie, dans une clairière secrète, l'aimer dans les fougères ou taquiner du museau leur
nouveau-né.
Il est bien plus de minuit, et nous avons gagné. MIl est grimpée sur mes épaules et tient dans ses petits bras la tête poussiéreuse et elle la serre comme si le cerf était vivant. Il est vivant, me
dit-elle, il est chaud!
Ben ça tombe bien parce que moi je me les gèle, que tu es lourde à force, et que j'ai de plus en plus envie de courir au bout du couloir.
Mais le fantôme affectueux de la bête t'enveloppe, et nous avons gagné...
Par lewlotte
-
Publié dans : Un petit frisson?
-
8
-
Recommander
Derniers Commentaires