| Février 2010 | ||||||||||
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L’immeuble pouvait bien dater de la fin du dix-neuvième siècle, avec son escalier en bois vernis
et très glissant, ses rampes en fer forgé, ce vieil ascenseur asthmatique qui grimpait par à-coups entre les grilles de sa cage et que Lewis dédaignait de prendre. Il montait devant eux les
marches quatre à quatre, presque en s’envolant, tandis qu’Alex avançait courbé, tenant toujours Charlotte par le coude, comme pour empêcher qu’elle ne s’enfuie à nouveau. Il se perdait en paroles
confuses, en excuses essoufflées, en évocations avortées par l’inquiétude trop grande qui demeurait en lui. « Un homme est mort, à la sortie du métro de la gare, hier soir. On meurt de
froid dans la rue, en ce moment, Charlotte… »
Troisième étage. Lewis farfouillait à la recherche de ses clés. Charlotte se demandait si elle avait bien fait de les suivre, s’ils auraient encore quelque chose à se dire. « Le cliquetis
de la victoire ! » s’écria-t-il triomphant en faisant tinter le léger trousseau dans sa main droite. Avec Alex, ils échangèrent une œillade appuyée et tendre, tandis que la porte
s’ouvrait sur une pièce longue et blanche. Au fond s’ouvraient deux hautes porte fenêtres aux espagnolettes ouvragées, qui donnaient sur un balcon surplombant la rue, un piano d’acajou se
dressait au centre, effleuré par le crépuscule hivernal.
Le mobilier était réduit, en entrant à gauche une bibliothèque repeinte en blanc, à grand coups de pinceaux, avec des piles de livres posées devant, sur le plancher. Toujours
sur le mur de gauche, une cheminée condamnée avec son manteau en plâtre et un miroir trumeau dont le cadre s’écaillait. Un long palmier échevelé penchait sa tête vers le dehors et devant les
fenêtres, deux canapés en bâche grise se faisaient face, autour d’une table basse . La porte de droite s’ouvrait sur un corridor ombreux.
« Je vais faire du thé, glissa Lewis, installez-vous.
- Réchauffe-moi le café de ce matin, marmonna Alex, je ne veux pas de ton breuvage insipide ! »
Lewis l’attrapa par le cou et se colla contre lui.
« Il n’ y a vraiment aucune chance pour que je te convertisse ? C’est du vrai anglais, à la théière !
- Rien à faire, Lew. Tu peux avoir Charlotte mais moi je suis indécrottable… »
Ils regardèrent Charlotte en riant puis s’embrassèrent longuement devant elle, sans aucun complexe.
Tandis que Lewis disparaissait dans le couloir, Alex alla s’effondrer dans l’un des canapés.
« Je ne t’ai pas félicitée pour ton rôle… lança-t-il à Charlotte qui s’asseyait bien droite en face de lui. J’espère bien que tu as mis Lew à rude épreuve
aujourd’hui.
- Je n’en avais pas forcément le courage…
- C’est dans ces moments-là, au contraire, qu’on se découvre des ressources insoupçonnées. Je crois qu’il est content de ce que vous avez fait, à son air… Si tu réussis à le convaincre, les rapports seront plus faciles entre vous.
- J’en doute, Alex ; je n’arrive pas à me sentir à l’aise avec lui.
- C’est normal, Charlotte, il n’est pas comme les autres. Il faut apprendre à le connaître, il faut faire cet effort-là. Le monde n’a pas
été vraiment indulgent avec lui.
Et pourtant, quand je sais ce qu’il a traversé et qu’il te racontera peut-être un jour, je suis éperdu d’admiration devant son courage. Son talent aussi. Tu n’imagines pas combien il a travaillé,
pour parvenir à ce qu’il est, aujourd’hui.
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