| Février 2010 | ||||||||||
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- Mais c’est idéal, fit Lew en s’assouplissant les doigts, est-ce que D'ogni più sacro impegno vous conviendrait ? Pardon pour mon accent effroyable… Je le connais par cœur, depuis bien longtemps !
- Ah, ça ne m’étonne pas de toi, souffla-t-elle, plus ravie que jamais, L’Occasione fa il ladro, Lewis ? J’ai la
partition ici, dans le livret.
- Pour moi ce ne sera pas nécessaire, mais si Alexandre veut chanter avec nous…
- Tu plaisantes, j’espère ? grogna Alex, appuyé à un guéridon, les bras croisés.
- Viens t’asseoir à côté de moi… » implora Lew.
Et tandis que, de mauvaise grâce, Alex se détachait de son appui, et venait vers lui, les bras ballants ; Lew semblait l’effleurer tout entier de son regard azur et de sa bouche mi-close. Alex s’assit et ce que Lew lui glissa à l’oreille le rendit écarlate malgré sa peau mate.
« Allons, les tourtereaux, intervint Annabelle, vous aurez bien d’autres occasions de vous murmurer des choses.
- Tu chanteras avec moi, Al ?
- Juste avant qu’on m’arrache la langue, je bramerai peut-être quelques mots en italien.
- Ne l’écoutez pas, Annabelle ; moi je suis prêt.
- Cela fait bien longtemps que je ne l’écoute plus Lewis. Si tu veux bien, l’enjoignit-elle en lui offrant son plus gracieux visage, c’est à toi… »
Après avoir lancé une œillade complice à Alex qui bâillait à s’en décrocher la mâchoire sans nullement mettre la main devant la bouche, Lew se mit à jouer ; avec une incroyable fluidité.
A cet instant, Clément posa sa main sur celle de Charlotte qui frissonnait au bord du piano. Seul Lew remarqua le geste, Annabelle se concentrant pour trouver sa voix et Alex, soudain intéressé par le texte de la partition.
Lew laissa à Annabelle le soin d’entonner seule les deux premiers vers. Et de fait, elle chantait d’une voix agréablement grave qui dérapait parfois insensiblement. Comme pour l’encourager, et malgré la faiblesse de sa voix à lui, Lew se mit à chanter à son tour, avec son accent qui sonnait cocassement en italien.
Amor da voi non chiede
Chi amor per voi non ha…
- Heureusement que tu ne me vouvoies pas…hasarda Alex à mi-voix.
mais Annabelle et Lew reprenaient de plus belle :
Pera chi vuol costringere
D’un cor la liberta
- Je comprends… fit alors Alex dans un souffle et il se mit à sourire à Charlotte qui gardait les yeux dans le vide, submergée de fascination.
Annabelle se lançait dans le couplet d’une voix mâle et inspirée, et Lew la secondait tantôt avec une virilité d’opérette, tantôt d’une voix de fausset qui faisait pouffer
Alex. Mais Lew savait emporter Annabelle, en plaquant ses notes de manière plus marquée, soucieux d’épouser son chant et de l’encourager.
Belle soirée Alexis!
Mille baisers chargés de tendresse.
Et Charlotte? Pas trop habituée à ce genre de jeux...