| Février 2010 | ||||||||||
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Le brouillard tombait en draps épais dans le jardin, tout le toit était dissimulé sous sa couche cotonneuse. Seul le balcon d’Alex transparaissait à travers ses
fines déchirures, noir et fantomatique. Le mur de clôture luisait de neige fondue et sale, dont l’eau grasse s’infiltrait dans les fissures en murmurant. L’arbre penché était lui aussi gorgé
d’eau, le tronc sentait la moisissure et sur les branches nues, l’écorce se soulevait par écailles. N’empêche, c’était l’arbre qui ressemblait à Alex, c’était un ami. Très bêtement, elle avait
envie de l’étreindre et de le réchauffer.
Et puis l’embrasser, le gravir, c’était se rapprocher de Clément. Charlotte abaissa sur ses yeux la visière de sa casquette et enfonça la tête dans les épaules. Son esprit hésitait encore, mais
son corps était en route . Elle noua ses bras et ses jambes autour du bois et l’humidité glaciale la transperça jusqu’aux os. Sous ses cuisses, le surface était gluante, boueuse; mais elle tint
bon, elle continua. Un édredon de brume bleutée flottait par-dessus le mur. Elle put apercevoir tout de même la petite fenêtre de l’escalier, bien éclairée et entendre des bruits de pas. Elle
retint son souffle et commença à se hisser sur l’une des deux longues branches visqueuses qui retombaient vers le balcon d’Alex.
D’abord elle glissa, et sentit que sa peau s’écorchait malgré l’épaisseur de son jean. Elle se serra contre l’arbre, et crut qu’à l’intérieur du tronc un battement répondait à celui de sa
poitrine. Quelqu’un montait les escaliers, c’étaient des bruits de talons haut. Et pourtant, elle entreprit à nouveau de monter elle aussi, la silhouette d’Annabelle, avec les cheveux défaits se
profilait dans la fenêtre, immobile.
« Clément… » gémissait-elle . Soudain, quelque chose craqua sous le pied de Charlotte et elle manqua de perdre l’équilibre. Elle poussa un petit cri.
« Clément ! hurla alors Annabelle, il y a quelqu’un dans l’arbre ! »
Charlotte porta la main à sa bouche, terrorisée, le visage blafard d’Annabelle regardait dans sa direction et comme dans un cauchemar, elle était pétrifiée, dans l’incapacité totale de s’enfuir.
« Clément ! Il y a quelqu’un dans l’arbre, viens vite ! »
C’est à ce moment-là que Charlotte sentit deux mains lui agripper les chevilles et la faire basculer en arrière. Cette fois-ci, elle étouffa son cri. Un bras l’attrapa sous les
genoux et l’autre la roula en boule, enfouissant son visage dans un cou dont elle reconnaissait l’odeur. Elle essaya de relever la tête, le temps de voir que le garçon avait enfilé un gros sweat
noir dont il avait rabattu la capuche sur son visage. Avait-elle vraiment aperçu cet œil très clair à la lueur du lampadaire planté près de l’arbre ? Déjà il courait à toute allure, l’emportant dans ses bras tandis qu’Annabelle continuait à crier par la fenêtre ouverte et que Clément tentait de la
calmer.
Lorsque le ravisseur encapuchonné, hors d’haleine, eut tourné au coin de la rue et se fut mis à l’abri des regards, il reposa Charlotte.
« Tu ne crois quand même pas que je vais te porter jusqu’à la maison ? » fit-il avec cet accent qui n’était qu’à lui, et il partit d’un rire clair et juvénile en enlevant sa capuche. Lew dans toute sa splendeur ; dépeigné, hilare, pétillant. Charlotte ne put s’empêcher de sourire. Vite ; il l’entraîna au milieu des gens qui à cette heure sortaient des restaurants pour investir les cafés.
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