Samedi 17 octobre 2009
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Depuis mes douze ans, je suis un insomniaque chronique. A l'époque, je craignais de sombrer dans le
sommeil, d'être happé par cette marée informe où se déchaînaient pêle-mêle toutes les rancoeurs, toutes les hontes et tous les fantasmes refoulés du jour. Ce n'était pas le noir état vide et sans
fond qui me faisait peur, mais la sombre cuisine du sommeil paradoxal.
J'avais trop sondé, j'avais trop vécu pour ne pas le payer, d'une manière ou d'une autre dans ce purgatoire incontrolâble qu'on appelle le rêve nocturne d'un adolescent. Puis les fins de nuit où
l'épuisement me faisait rendre les armes après être sorti, après avoir dansé, après m'être livré parfois à des plaisirs plus inavouables sont devenues plus douces. Mais j'eus beau être rassuré,
c'est le sommeil qui se mit alors à me fuir, à jouer les capricieux; et il n'a plus quitté ce rôle.
Si bien que vous pourriez assez souvent voir Lew avec des valdingues impressionnantes sous les yeux malgré ses crèmes de jour.
Alors j'ai fini par mettre le temps de la nuit à profit, non plus pour courir les boîtes, ce qui avait fini par me donner une allure de zombie, mais pour m'installer au piano (plus trop depuis
qu'Al est là, car il a un sommeil d'ange, lui!), pour dévorer quantités de livres, parfaire mon français, puis écrire.
Je travaille bien la nuit, dans la respiration des endormis, avec le tic tac de cette pendulette de bronze que j'ai ramenée de Berlin et qui égrène fort joliment les heures qui me séparent de
l'aube.
Car depuis quelques temps, c'est le jour qui me rend au sommeil, quelques heures où mes paupières closes sont caressées par le soleil montant.
Je ne dors pas souvent, mais plus jamais je ne me sens seul.
Je sais que quelques heures plus tard Charlotte, toute dépeignée s'installera devant la machine qui nous a aidés à renouer les liens, et que vous serez là.
Qu'Al qui m'a aimé dans les premiers replis de cette nuit va bientôt ouvrir les yeux et partir au travail.
S'inquiéter aussi :"tu n'as pas réussi à dormir?" Non, cette fois-ci je n'ai pas pu. Je t'ai gardé.
Et quand tu passeras la nuit au boulot, je te garderai encore, ici.
Je n'ai pas la clé des songes, mais je me tiens prudemment à la porte.
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça?
On était déjà aujourd'hui, tout juste aujourd'hui, et la nuit était encore bien noire quand ma tête a basculé sur mes trads.
Je n'étais plus ici, dans le salon, mais dans une sorte de couloir cotonneux aux plafonds baroques, dans des teintes de vert. Et Vlad venait à ma rencontre, amaigri et pâle comme dans les derniers
temps,avant qu'il ne commette l'irréparable, avec son manteau gris et son parfum de menthe sauvage.
Je lui ai dit "Tu es là?" comme un con, et pour me rattraper je l'ai embrassé, amoureusement, et ses lèvres et sa langue me répondaient même si quand j'ai été hors d'haleine ("Moi je ne peux plus
être essoufflé" disait-il en riant), il m'a conseillé d'y aller mollo car nous allions réveiller Al.
Je me souviens que je pleurais, ou du moins que mes paupières brûlaient car en cet instant il était tout fait de cette lumière verte, comme s'il rayonnait des couleurs des murs. Et il m'a dit
"C'est peut-être la dernière fois, Lew. Ils ont décidé de m'enlever l'escalier."
Par lewlotte
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Publié dans : Un petit frisson?
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