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Samedi 28 novembre 2009 6 28 /11 /2009 20:10

Ils devisèrent ainsi pendant encore près de trois heures. Vlad s’était intéressé à la pièce , un sujet inépuisable pour Charlotte et Lewis qui apprit ainsi comment, un jour de Juin au collège d’Avesnelles, Nora était entrée dans sa vie. Charlotte fut heureuse ce soir-là car enfin, c’était elle qui parlait, de ce qu’elle aimait, et de ce qui la faisait vivre. Hormis Laurent qui bâilla à plusieurs reprises, Vlad et Lewis l’écoutaient attentivement et même l’interrogeaient. Elle n’avait plus l’impression de manquer d’intérêt , grâce à eux ; et elle en vint au récit de leurs familles, du départ d’Aurélia puis de Gabrielle que Lewis voulait entendre de sa bouche.

 


Puis, pour détendre l’atmosphère, Lewis alla subtiliser à la santé de son ancien beau-père une bouteille de cognac hors d’âge. Ils avaient les joues en feu, ils demandaient à Charlotte de raconter encore.


Lorsqu’elle leur parla du premier de l’an 1996, ils applaudirent même. Puis Lewis lui demanda, ce qui le titillait depuis longtemps, qui était Honteuzékonfu. Charlotte, Vlad et Laurent récitèrent à trois voix la fable de La Fontaine. Laurent s’était retrouvé corbeau, Charlotte narratrice et Vlad renard, bien entendu.  Mais parmi eux, seule Charlotte connaissait le pays des trente-six mille volontés. Lewis la somma de résumer l’histoire, ce qui prit un bon quart d’heure ; ils rirent aux éclats en s’imaginant Alex dans la peau du volatile autoritaire et absurde, le visage barbouillé de charbon dans son arbre perché. Lew se mit même au piano, et improvisa « 
le madison du corbac » dont le texte se réduisit vite à des « croaaa » avinés ; Vlad et Laurent, puis Vlad et Charlotte le dansèrent en ligne ; et, hors de lui, Lewis les rejoignit, bondissant sur les canapés, et coiffant Laurent d’un gigantesque sombrero plein de poussière, qu’il se mit ensuite lui-même, avant d’entraîner Charlotte dans un twist endiablé.


 
«  Il est absolument ingérable… » faisait Vlad à bout de souffle. Mais d’un coup, il se sentit faible, épuisé, et s’affala sur un canapé. «  Bon, c’est fini, vos conneries ? » s’impatienta Laurent. «  Ca va, ça va, trésor… » émit Vlad en se relevant difficilement. «  Je crois qu’on ferait bien de rentrer, lâcha Laurent, j’amène ma voiture en bas. » Et il sortit en claquant la porte.


 
«  Ne soyez pas si honteux et confus ! » rit doucement Vlad, face à Charlotte et Lewis qui avait toujours son ridicule chapeau sur la tête.

     «  Cela fait longtemps que je n’avais pas ri comme ce soir, Lew.

-   Mais nous n’avions tout de même pas l’intention de t’achever…

-  Oh, pas de fausses espérances, Lew, je tiens le coup ; fit –il en lui prenant une main, puis il attrapa celle de Charlotte. Et je suis absolument ravi d’avoir fait la connaissance de Charlotte. Vous ne mesurez pas votre chance, Alex et toi. Vous avez un petit souffle d’innocence et de fraîcheur chez vous…
-  C’est curieux, je ne vois absolument pas à quoi tu fais allusion. Car Charlotte est la plus épouvantable peste délurée qui se puisse produire à seize ans !


-  
Oui, oui, tu as raison ; cherche à te faire plaindre mon grand. Tu ne peux que la supporter puisqu’elle va être Nora.

-   Hélas… Nous avons même entrepris de la costumer, avec Al.

-   Je pourrais revenir pour voir ça ?

-   Il faudra attendre Juin, et la pièce…

-   J’espère être encore là, en Juin. »  La dernière phrase cingla l’air. Brusquement, Lewis dégagea sa main, il avait les yeux humides et avalait difficilement sa salive. 

       «    Qu’est-ce que tu racontes là ?

-   Oh rien, ne te mets pas martel en tête. Je brasse beaucoup de pensées sombres ces derniers temps.

-  Médicalement, il n’ y a aucune raison pour que tu ne sois  pas d’aplomb en Juin.

-   Et c’est vrai que tu as dû faire de sacrés progrès en médecine depuis cet automne… » répliqua Vlad avec une très grande douceur.

 

Par lewlotte - Publié dans : le temps des convictions - Communauté : trop dure la vie....
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