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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 17:22

Barcelone, 27 Décembre 2003

 

Joyeux Noël, vagabonde !

 

Comment vais-je m’y prendre pour ne pas faire allusion à la douceur des nuits de Barcelone quand vous gelez à   –10 °C dans l’avesnois ? Je sais que tu vas me détester ; mais aussi que tu es vaccinée depuis longtemps contre mon épouvantable caractère ;alors pardonne-moi ce énième plaisir sadique. Je t’écris assis sur le balcon, en tee-shirt, il est exactement quinze heures trente. Sebasto fait une sieste prolongée ; Lew donne un cours de flamenco  à maman dans la cuisine alors qu’ils devaient faire des crêpes ; et moi je m’étais promis de passer ce petit moment avec toi.

 

Je n’ai pas eu l’occasion de te parler beaucoup, depuis que tu as posé tes bagages chez Lew, ni de te demander vraiment si tu te sentais bien. Nous avons surtout essayé de montrer à tes « parents » et aux « miens » que cette cohabitation n’allait pas « te détraquer » (ce sont les mots de mon propre père, pour te donner le ton…) ; pour l’heure ils semblent satisfaits. En particulier au vu de ton bulletin et des remontées amorcées à la fin Novembre. C’est la seule chose dont ton père ait daigné me parler lorsque je l’ai vu à l’hôpital, trois heures avant que Lew et moi ne prenions l’avion. A quoi ça tient tout de même… A côté de ça, je n’ai même pas eu droit au moindre souhait pour ce Noël ; est-ce bien raisonnable d’offrir des vœux chrétiens à des renégats, des pédés comme nous ?

 

Mais je m’emporte, moi qui ne voulais surtout pas créer ce climat de rancœur autour de toi. Ce qui me console, c’est d’avoir l’impression qu’en dépit de leurs remarques, ces dernières semaines t’ont épanouie. Merci d’être ainsi discrète et souriante malgré la promiscuité à laquelle nous sommes amenés, merci surtout de prendre enfin soin de toi et toujours soin de nous, lorsque nous rentrons tard et trouvons toutes choses prêtes et ordonnées. Tu as vraiment changé comme ça, toi, Charlotte ?

Au départ, je craignais que ta présence ne finisse par agacer Lew, et que moi aussi, après tout, je puisse te trouver « de trop » ; immature, brouillonne, envahissante. Je peux te dire tout ça, maintenant ; puisque j’ai évoqué avec Lew la possibilité que tu retournes chez ton père en Janvier ; et qu’il a protesté énergiquement contre tous ces qualificatifs.

 

Malgré tout, l’ impression que j’ai, qui me réconforte, est-ce la réalité ? Te voilà obligée, par un concours de circonstances éprouvant, d’être au plus près témoin d’une union forte, mais diffamée de toute parts, et mise au ban de la société respectable, à l’aube d’un siècle qui se voulait évolué… Je n’accepte pas les critiques de papa mais je peux admettre que ce soit perturbant pour toi qui as encore à te construire, affectivement. Nous pouvons être précautionneux, attentifs, mais nous ne pouvons pas faire taire les voix haineuses et insultantes autour de nous. Et que peux-tu penser, toi, au bout du compte, de ceux qui font l’objet d’une hargne, d’une médisance si répandue ? Combien de temps supporteras-tu encore, toi, de partager notre quotidien de réprouvés? Je sais bien ce que tu vas me répondre, je connais ta gentillesse, nous sommes amis depuis si longtemps, maintenant, que beaucoup nous appellent cousins. Pour ma part j’en suis flatté.

 

Maman elle aussi m’a réconcilié avec le genre féminin, elle nous a accueillis à bras ouverts ; Lew l’adore et c’est réciproque. Mais par-dessus tout, elle m’a dit le 24 au soir qu’elle était fière, terriblement fière de moi. J’étais un peu dubitatif, je lui ai demandé dans quel domaine. Elle m’a répondu « Tous. Mais plus particulièrement de l’homme que tu es devenu. » Alors là, j’ai véritablement cru qu’elle se foutait de moi ; pourtant elle tremblait d’émotion, elle était toute rouge. Pendant la nuit, j’en ai reparlé à Lew, je lui ai confié mon étonnement et il s’est, lui , un peu moqué de moi.

«  Al, qu’est-ce qui, à ton avis, peut apporter à quelqu’un la maturité sentimentale ?

Je ne sais pas…L’expérience de l’amour, peut-être ?

-  Tout simplement. »

Par lewlotte - Publié dans : Le temps de l'amitié - Communauté : Alexis hayden
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Commentaires

Alex, mon petit frère adoré, merci de me répondre, de tout mon coeur. Alors, je ferai la même chose que ta maman, je crois. Je me fiche bien des qu'en dira t-on. Je veux mon bonheur à tout prix, et celui de Colin avec. J'ai des choses à vivre aujourd'hui et ce que tu me dis m'aide bien plus que tu ne le crois. Merci, Alex, de toutes mes tripes. Je ne sais comment vous remercier pour l'aide que vous m'apportez. Je n'ai qu'une chose à vous dire, je vous aime, à l'infini, parce que je sais qui vous êtes. Je serai toujours à vos côtés, soyez-en sûrs. Mille baisers des plus doux et ce n'est pas assez. Jade.
Commentaire n°1 posté par Jade le 07/11/2009 à 23h50
Cher petit frère, il me faut te féliciter pour cette très belle lettre, si sincère et si émouvante. Aujourd'hui aussi, Alex, je vis une union forte mais réprouvée de toutes parts, parce qu'adultère. Auparavant, on brûlait les femmes pour cela. Aujourd'hui, on ne les brûle plus, mais on les montre encore du doigt. Je ne reçois pas d'insultes, mais les regards qui se posent sur moi sont lourds et chargés d'amertume et de reproches. Ma mère ne m'a jamais dit et ne me dira jamais qu'elle était, ou est, fière de moi. Mais moi, je ne ne cesse de le répéter à Colin, de peur qu'il ne l'entende pas, ou mal. Alex, c'est la plus douce déclaration d'amour que ta mère pouvait te faire...
Commentaire n°2 posté par Jade le 05/11/2009 à 10h53
C'est vrai Jade, j'ai une maman extraordinaire, mais une maman qui a pris elle aussi sa liberté en dépit de tous les regards réprobateurs. Tu n'imagines pas ce que le gamin d'à peine douze ans que j'étais a pu entendre comme horreurs dans la bonne société lilloise lorsqu'elle est partie vivre auprès de Sebasto. Ma mère était la pire des putes, bravo messieurs et mesdames tenant de la bonne morale bourgeoise...
Si aujourd'hui je défraie à mon tour la chronique par mon homosexualité assumée, tant mieux... Ce sera marcher dans les traces de celle que j'aime le plus. Du même lien indestructible qui s'est noué entre Colin et toi.
Réponse de Alex le 07/11/2009 à 21h30
Oui c est vrai ca comme si les mots qui veulent toucher le coeur ne se disaient pas ailleurs que dans une lettre ....
Commentaire n°3 posté par Stephan le 01/11/2009 à 20h10
C'est plus facile de se confier d'abord à la feuille, dirait-on... ;)
Réponse de lew le 02/11/2009 à 10h40
Waouh ! Trop belle lettre Alex. Tu écris : « Je n’ai pas eu l’occasion de te parler beaucoup… » Je suis toujours étonné des choses qu’on arrive à écrire mais qu’on a du mal à dire. Charlotte te trouve changé, ta maman aussi, que de compliments ! Lorsqu’on n’est pas habitué, on a très vite l’impression qu’on se moque de nous. Noël sur un balcon de Barcelone… ça fait rêver.
Commentaire n°4 posté par Alexis le 01/11/2009 à 11h16
Les grands ados un peu attardés assument assez mal leur croissance, en général... Heureusement qu'il y a de bons Lews à proximité pour éviter qu'ils ne s'égarent...
Non, toi non plus tu n'as pas changé...
Réponse de lew le 02/11/2009 à 10h39
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