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- Il t’a raconté, ce fameux jour où il est tombé en arrêt devant
toi
, dans le métro ?
- J’ai connu ce jour aussi bien que lui. Je lisais dans le wagon et j’ai senti que quelque chose de brûlant
se posait sur moi, et j’ai vu ces yeux enflammés qui me regardaient à travers la vitre. J’ai pris peur, surtout lorsque j’ai senti qu’il me suivait dans les couloirs, le hall puis dans la rue. Et
en même temps, c’était si bon d’être saisi comme ça ; une vraie montée de lave, et je ne voulais plus échapper à cette présence qui marchait dans mes pas. Lorsqu’il a été sur le point de me
perdre dans la foule, je me suis même retourné et là, je l’ai vu tout entier et j’ai su que c’était lui.
A la manière dont son œil suppliant, son grand corps tout bronzé, et sa bouche presque sanglante m’ont coupé le souffle, c’était lui, sans aucune hésitation possible. Et lui, au lieu de venir à
ma rencontre, et même si il m’avait embrassé sauvagement au milieu de tous ces gens je l’aurais laissé faire ; il est parti en sens inverse. Alors, je me suis révolté. Ah non ! Il ne
pouvait plus m’abandonner comme ça dans un univers dont je n’avais plus que foutre s’il n’ y était pas. Je ne l’ai pas rattrapé, mais à mon tour je l’ai suivi. Jusqu’à chez lui. Il est entré dans
la maison comme une furie et ses pas ont martelé chaque étage. Puis j’ai senti qu’il entrait au grenier, la fenêtre du le balcon s’était un peu ouverte. J’ai fait le tour, j’ai remarqué l’arbre,
avec ses deux branches pleureuses qui tombaient jusque chez lui… J’ai entendu comme des gémissements chargés de sanglots voluptueux, puis Annabelle l’a interrompu ; et il se sont jeté plein
d’agressivité à la figure. Ensuite Clément est arrivé, dans sa voiture. Il fallait que je me cache. L’arbre m’a donné refuge, j’ai grimpé tout en haut pour entendre. Distinctement. Et voir ses
lunettes voltiger par la fenêtre du salon. C’est ce soir-là qu’Al s’est révélé. A cause de moi.
- Ou plutôt grâce à toi.
- Je n’en sais rien, mais j’en étais très fier, et j’ai vu le bonheur s’ouvrir en grand devant moi. Je n’avais plus le droit
de le laisser filer. C’était même une question vie ou de mort. Alors, je suis revenu dans l’arbre, tous les jours quand je rentrais de Roubaix.
Je suis pas parti en vacances, quand j’ai su qu’il restait travailler à Lille. L’imprudent laissait sa fenêtre ouverte, j’ai visité son grenier ; j’ai regardé ses cours, ses photos où tu
étais… Tu ne peux pas savoir à quel point je t’ai détestée, parce que j’ai tout de suite compris que tu comptais pour lui.
Et puis je suis tombé sur son livre de chevet, une pièce que nous connaissons bien. A la rentrée, j’ai été contacté par HH .
Nous nous étions déjà rencontrés au Conservatoire quand il a annoncé deux ans plus tôt qu’il venait en résidence à Lille. Pour la Maison de poupée, il voulait l’aide d’un danseur. J’ai dû lui plaire puisqu’il m’a aussitôt proposé le rôle de Torvald Helmer ; que j’ai refusé, préférant Rank par goût personnel.
J’étais fou d’impatience. Et en Août, tu es apparue. J’avais des envies de meurtre, vous sembliez si complices, tous les deux…
- C’est pour cela que tu voulais m’empêcher de jouer Nora ?
- Attends un peu, Charlotte, si je te disais que j’ai fait des pieds et des mains pour que tu rentres dans la pièce ?
- Comment cela ? demanda Charlotte pleine d’incompréhension.
- Quand j’ai connu Sol, elle était en troisième, moi j’étais en terminale à Louis Pasteur. J’ai toujours raffolé de cette fille, si
excessivement sûre d’elle en apparence et fragile dans le fond. Elle a aussi tapé dans l’œil d’HH. En écoutant les conversations entre Al et son père, j’ai appris que tu entrais dans sa classe.
C’était un miracle. Tu ne refuserais pas de jouer dans une pièce d’Ibsen si on te le proposait. Je n’ai pas eu de mal à convaincre Sol de te « faire engager » ; à l’époque elle a
été la seule au courant de mon coup de foudre pour Al.
- Vous étiez donc complices ? Vous vous êtes « arrangés » ?
- Je voulais t’avoir sous la main en attendant d’harponner Al. Mais tu étais tellement timide et si peu assurée que je ne savais pas comment m’y prendre avec toi. Tu m’agaçais prodigieusement, avec cette ingénuité qui te faisait tout obtenir ; même t’enfermer dans un vestiaire de boîte avec Al.
- C’est effrayant, Lew. Rien ne t’a échappé.
Oui, j'ai fait ma feignante, et j'ai repris strictement le même dessin!!! L'occasion de découvrir que peut-être maintenant nous faisons partie des "vieux blogs", mais tant pis! L'histore est longue et fournie, ce qui fait plaisir c'est que de temps en temps certains viennent la (re) découvrir en entier!!!
Merci de cette lecture assidue Alexis, huit mois déjà, si je compte bien????
Belle journée, Stephan
Trop fort
Biz V.
Bonne journée...