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Un petit frisson?

Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 00:00
Avant la scène féérique et magistrale qui clôt Billy Elliot, le danseur Adam Cooper s'était déjà envolé dans les plumes du cygne blanc de Tchaïkovsky.

En 1995, le danseur-chorégraphe londonnien Matthew Bourne présentait Swan Lake à Londres et ô surprise, remplaçait le traditionnel ensemble féminin des cygnes par un groupe d'hommes athlétiques et inquiétants.

Le résultat fut saisissant, tant l'image des ballerines en tutu s'imposait jusqu'alors pour représenter le corps des cygnes; et du coup la substitution donnait à ce groupe majeur de l'opéra de Tchaïkovsky une force suggestive, provocatrice, par moments comique, et surtout sexuelle inédite.

Matthew Bourne dit avoir voulu montrer avant tout la violence et l'agressivité qu'il avait observées chez cet animal dans la nature; mais aussi l'aspect viril sensuel, audacieux et parfois outrancier des parades.
Peut-être ce choix permet-il en outre de libérer l'imaginaire du spectateur; le propre d'une grande oeuvre n'est-il pas de se prêter aux interprétations les plus opposées, et les plus osées?

Cela résonne enfin comme un hommage intime à Tchaïkovsky lui-même, dont le drame et la souffrance fut de refouler son homosexualité pour ne heurter ni les principes de la bonne société pétersbourgeoise, ni sa richissime mécène Nadejda Von Meck.
Celle -ci  pourtant le privera de ses subsides après avoir fait la découverte de sa véritable nature; au terme de quatorze années d'une relation épistolaire et platonique.

Regardez bien, Adam Cooper tient ses promesses; c'est l'animal solitaire, époustoufflant de grâce, qui se distingue de ses congénères. Et dont le regard va, dans cette scène, croiser celui du prince Sigfried...  



Par lewlotte - Publié dans : Un petit frisson? - Communauté : Hétéro-friendly
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 00:00
Depuis mes douze ans, je suis un insomniaque chronique. A l'époque, je craignais de sombrer dans le sommeil, d'être happé par cette marée informe où se déchaînaient pêle-mêle toutes les rancoeurs, toutes les hontes et tous les fantasmes refoulés du jour. Ce n'était pas le noir état vide et sans fond qui me faisait peur, mais la sombre cuisine du sommeil paradoxal.


J'avais trop sondé, j'avais trop vécu pour ne pas le payer, d'une manière ou d'une autre dans ce purgatoire incontrolâble qu'on appelle le rêve nocturne d'un adolescent. Puis les fins de nuit où l'épuisement me faisait rendre les armes après être sorti, après avoir dansé, après m'être livré parfois à des plaisirs plus inavouables sont devenues plus douces. Mais j'eus beau être rassuré, c'est le sommeil qui se mit alors à me fuir, à jouer les capricieux; et il n'a plus quitté ce rôle.
Si bien que vous pourriez assez souvent voir Lew avec des valdingues impressionnantes sous les yeux malgré ses crèmes de jour.

Alors j'ai fini par mettre le temps de la nuit à profit, non plus pour courir les boîtes, ce qui avait fini par me donner une allure de zombie, mais pour m'installer au piano (plus trop depuis qu'Al est là, car il a un sommeil d'ange, lui!), pour dévorer quantités de livres, parfaire mon français, puis écrire.
Je travaille bien la nuit, dans la respiration des endormis, avec le tic tac de cette pendulette de bronze que j'ai ramenée de Berlin et qui égrène fort joliment les heures qui me séparent de l'aube.
Car depuis quelques temps, c'est le jour qui me rend au sommeil, quelques heures où mes paupières closes sont caressées par le soleil montant.
Je ne dors pas souvent, mais plus jamais je ne me sens seul.

Je sais que quelques heures plus tard Charlotte, toute dépeignée s'installera devant la machine qui nous a aidés à renouer les liens, et que vous serez là.
Qu'Al qui m'a aimé dans les premiers replis de cette nuit va bientôt ouvrir les yeux et partir au travail.
S'inquiéter aussi :"tu n'as pas réussi à dormir?" Non, cette fois-ci je n'ai pas pu. Je t'ai gardé.
Et quand tu passeras la nuit au boulot, je te garderai encore, ici.

Je n'ai pas la clé des songes, mais je me tiens prudemment à la porte.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça?
On était déjà aujourd'hui, tout juste aujourd'hui, et la nuit était encore bien noire quand ma tête a basculé sur mes trads.
Je n'étais plus ici, dans le salon, mais dans une sorte de couloir cotonneux aux plafonds baroques, dans des teintes de vert. Et Vlad venait à ma rencontre, amaigri et pâle comme dans les derniers temps,avant qu'il ne commette l'irréparable, avec son manteau gris et son parfum de menthe sauvage.

Je lui ai dit "Tu es là?" comme un con, et pour me rattraper je l'ai embrassé, amoureusement, et ses lèvres et sa langue me répondaient même si quand j'ai été hors d'haleine ("Moi je ne peux plus être essoufflé" disait-il en riant), il m'a conseillé d'y aller mollo car nous allions réveiller Al.

Je me souviens que je pleurais, ou du moins que mes paupières brûlaient car en cet instant il était tout fait de cette lumière verte, comme s'il rayonnait des couleurs des murs. Et il m'a dit "C'est peut-être la dernière fois, Lew. Ils ont décidé de m'enlever l'escalier."
Par lewlotte - Publié dans : Un petit frisson? - Communauté : Pensées Nocturnes
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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /2009 10:04

Dans cette maison de ville en plein coeur de Salisbury, nous passons la nuit. Une amie de mon père, mélomane, nous reçoit là mais le froid est très vif au premier étage, où je suis cantonné avec ma petite cousine Mildred.

Vous connaissez l'histoire, un couloir défraîchi obscur avec au bout, de vieilles toilettes. Et pourtant j'ai bien envie de...
Ah Jade, non, ce n'est pas l'histoire d'une carotte torride, mais celle d'un banal poireau engorgé qui n'ose plus traverser la maison pour déverser son trop plein.

Lew, à l'époque Weeloo doit protéger sa p'tite cousine des ombres, de ses ombres qui lui font grincer les dents. Quelle idée ils ont eu aussi, de conserver cette épouvantable relique. Comment peut-on être à la fois délicatement mélomane et si cruellement chasseur?
Sur le papier peint à rayures qui sent la soupe au navets, Un lumignon projette les ombres tentaculaires de bois.

Ceux d'une grande tête de cerf, empaillée, une bête qui devait être magnifique, et qu'on n'a pas supporté de laisser courir au milieu des arbres, dans la brume et dans le givre qui scintille sur la mousse. Non, il faut l'exposer là, cette grande tête majestueuse, et même les yeux de verre qu'on lui a enfoncé dans les orbites semblent pleurer encore. Même l'ersatz de regard est doux.

Et pourtant, Mildred qui aspire elle aussi comme une malade au pipi-room est prise de terreur. A l'idée que tombe sur elle le "monstre aux mâchoires mortes"


Mil; ce n'est pas de cette ombre-là qu'il faut avoir peur. C'est ceux qui ont tué et taxidermisé et triomphé non de la mort, mais par la mort qu'il faut avoir en aversion. La bête qui te regarde avait des émotions, des souffrances, des plaisirs, de l'amour, comme toi. Elle allait peut-être rejoindre son amie, dans une clairière secrète, l'aimer dans les fougères ou taquiner du museau leur nouveau-né.

Il est bien plus de minuit, et nous avons gagné. MIl est grimpée sur mes épaules et tient dans ses petits bras la tête poussiéreuse et elle la serre comme si le cerf était vivant. Il est vivant, me dit-elle, il est chaud!
Ben ça tombe bien parce que moi je me les gèle, que tu es lourde à force, et que j'ai de plus en plus envie de courir au bout du couloir.
Mais le fantôme affectueux de la bête t'enveloppe, et nous avons gagné...


Par lewlotte - Publié dans : Un petit frisson? - Communauté : Pensées Nocturnes
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 22:49


La nuit vient, et la faune apparaît. Même si, au Maroc, la voix commune le réprouve, le sexe entre hommes "se pratique dans les faits". Très souvent, il se monnaie dit l'Icare voyageur (Marrakech, où le mâle m'a dit: la Mort!  Chris-Tian Vidal)
Qui pose sur ces hommes monnayables un regard trop appuyé devient objet de convoitise; pour l'argent et s'il se refuse, à consommer ou à payer, les couteaux sortent, c'est la bagarre.


Au maroc l'homosexualité est interdite par la loi, cela ne veut pas dire bien sûr qu'elle est inexistante. Alex me disait lui que les mecs avaient entre eux des manifestations d'amitié viriles très fortes, avec de vrais gestes de tendresse stupéfiants pour nous autres européens. Les filles étant défendues, tenues à distance, presque étrangères; les rapports avec elles sont compliqués.


Entre mecs, on a une affection démonstrative, qui ne pense pas forcément "à mal" ( c'est l'expression d'Alex); quelque chose de primordial, de fusionnel qui participe de cette sensualité naturelle et presque innocente.

"Je ne pourrai pas oublier le hammam Majorelle et la beauté des visages des jeunes hommes arbes, s'y nettoyant avec une sensualité et une minutie à rendre fou." écrit Icare, écrit Chris-Tian?

Les petites frappes cupides et malpropres, le cérémonial des caresses fraternelles au hammam, un beau marocain francophile rêveur, bien habillé sur le bord de la route où le bus est en panne.



L'Icare qui doit rapporter de l'absolu " cherche un peu de [lui] partout" dans cette sensualité masculine qui affleure à chaque détour.

C'est ainsi que le voyage aussi se fait analyse, quand les lieux ont une chair, brûlante, quand les lieux impriment le frisson du danger, quand les femmes noires toutes voilées de mort rappellent à Icare sa propre mère et que les traumas enfantins remontent à la surface.


Ainsi les lieux existent-ils par le souffle, l'épiderme et la sueur.
Et ce qu'on en ramène?
Un carnet, peut-être, tout cousu de fantasmes, et d'élans, et de découvertes, mais aussi de souvenirs rappelés et de cette aspiration à fuir par le mouvement dans un lieu où le mouvement lui-même s'annule.
Quelque chose comme un centre immobile et révélateur, autour duquel l'univers s'agence, comme sur le tertre de Tian-Tan, autre émotion ramenée d'un autre voyage.

Tiens, cela m'y fait penser, mais il faudra que je vous parle un jour d'un autre personnage, de roman celui-ci. Un officier anglais fait prisonnier dans une forteresse en Hollande, en pleine guerre de 14, qui est heureux de cette captivité car elle lui permet d'atteindre la même immobilité consciente et primordiale que "le moyeu au centre de la roue".
Ce jeune philosophe brun s'appelle Lewis Allison, et une femme l'a tant admiré qu'elle a donné son prénom au drôle de fils qu'elle attendait...

J'en parlerai en son temps, mais pour l'heure, si nous retournions encore à Marrakech?
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Par lewlotte - Publié dans : Un petit frisson? - Communauté : Homo sensualité ..
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