En 1995, le danseur-chorégraphe londonnien Matthew Bourne présentait Swan Lake à Londres et ô surprise, remplaçait le traditionnel ensemble féminin des cygnes par un groupe d'hommes athlétiques et inquiétants.
Le résultat fut saisissant, tant l'image des ballerines en tutu s'imposait jusqu'alors pour représenter le corps des cygnes; et du coup la substitution donnait à ce groupe majeur de l'opéra de Tchaïkovsky une force suggestive, provocatrice, par moments comique, et surtout sexuelle inédite.
Matthew Bourne dit avoir voulu montrer avant tout la violence et l'agressivité qu'il avait observées chez cet animal dans la nature; mais aussi l'aspect viril sensuel, audacieux et parfois outrancier des parades.
Peut-être ce choix permet-il en outre de libérer l'imaginaire du spectateur; le propre d'une grande oeuvre n'est-il pas de se prêter aux interprétations les plus opposées, et les plus osées?
Cela résonne enfin comme un hommage intime à Tchaïkovsky lui-même, dont le drame et la souffrance fut de refouler son homosexualité pour ne heurter ni les principes de la bonne société pétersbourgeoise, ni sa richissime mécène Nadejda Von Meck.
Celle -ci pourtant le privera de ses subsides après avoir fait la découverte de sa véritable nature; au terme de quatorze années d'une relation épistolaire et platonique.
Regardez bien, Adam Cooper tient ses promesses; c'est l'animal solitaire, époustoufflant de grâce, qui se distingue de ses congénères. Et dont le regard va, dans cette scène, croiser celui du prince Sigfried...
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Depuis mes douze ans, je suis un insomniaque chronique. A l'époque, je craignais de sombrer dans le
sommeil, d'être happé par cette marée informe où se déchaînaient pêle-mêle toutes les rancoeurs, toutes les hontes et tous les fantasmes refoulés du jour. Ce n'était pas le noir état vide et sans
fond qui me faisait peur, mais la sombre cuisine du sommeil paradoxal.



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