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Famille je vous...

Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /2009 21:03


D'autorité, Isabelle fit signe à Charlotte de s’asseoir face en face de Clément sur le canapé. Alors, tout naturellement, elle se mit à sa gauche sur le rocking-chair. De cette manière, il était obligé de tourner la tête vers elle et le dos à Etienne et Isabelle.


«  Tu sais pourquoi je suis là, Charlotte ?

-Je crois, oui, répondit-elle à mi-voix. Tu voulais me parler d’Alex.

- C’est plus précis que ça, petite. Il vient de quitter la maison. »


Isabelle étouffa un cri, Etienne ferma les yeux tandis que Clément ne quittait pas ceux de Charlotte.

«  Mais comment ?… fit Isabelle avec des trémolos de mélodrame qui exaspéraient Charlotte, il découchait de temps en temps, mais cette fois, c’est définitif ?

- J’en ai peur, dit Clément en fixant toujours Charlotte, comme pour lui faire lâcher prise ; petit à petit, le grenier se vide. Aujourd’hui, il a profité des heures où Annabelle donne son cours de danse pour emporter son télescope.»

 

Tandis qu’Etienne abattait sa main sur la table basse, Charlotte baissa la tête et poussa un long, un difficile soupir. Non, ça n’était pas un petit signe… Depuis longtemps, Alex s’était mis à observer les étoiles. A rêver de navigations aériennes.

En avion, au-dessus des montagnes ou du désert, lorsque les radios cessaient d’émettre ou rendaient l’âme, elles brillaient encore pour montrer la route aux pilotes. Sur leurs têtes, le dais de la nuit déployait ses repères immuables, traçait leur chemin et leur donnait le sentiment vertigineux de la Divinité. A la manière des grands marins de l’Antiquité ou de la Renaissance, ils gouvernaient les yeux hissés dans la carte du ciel.

S’il l’emportait, Alex avait réellement l’intention de s’installer ailleurs.

 


Attentif aux réactions de Charlotte, Clément se rencogna dans son fauteuil, comme satisfait d’avoir marqué un point en lui faisant mesurer la gravité de la situation.

«  Je n’ai aucune idée de l’endroit où il se trouve ni de la personne avec laquelle il se trouve, Charlotte. Alors je vais sans doute te paraître très vieux jeu, Alex étant largement majeur, mais j’estime que je suis en droit de me faire du souci.

- Ah, ça, certainement ! repartit Isabelle, après tout ce que tu as fait pour lui !

- Tu m’as dit qu’il te mettait dans la confidence, poursuivit-il, et j’ai respecté vos secrets, mais aujourd’hui c’est sa sécurité qui en dépend.

- Sa sécurité ? fit Charlotte incrédule.

- Tu le connais comme moi, Charlotte. Vous vous êtes beaucoup parlé, vous vous écriviez régulièrement l’année dernière. Il a confiance en toi, et je suis heureux de ce lien. Mais tu sais qu’un rien l’emporte, que lorsqu’une passion s’est emparée de lui il devient imprudent et à l’heure qu’il est, je n’ai aucun moyen de le contacter.

- Son portable ?

- Il a changé de ligne.

- Mais, il ne va plus en cours ?

- Si, en trouvant le moyen de disparaître aussitôt que c’est fini ; en restant dans les salles de TP lors des pauses. Et si je me décide à y pratiquer un droit d’ingérence, il saura encore me fuir, et se refermera complètement. Charlotte, je ne vais pas tourner autour du pot. Je suis mort d’inquiétude et il faut que tu m’aides. Il faut que tu me dises ce que tu sais, cela suffira bien. »

Charlotte ne savait pas grand-chose, mais elle avait l’essentiel en sa possession. Le nom de Lewis, si c’était bien lui, elle n’en doutait plus vraiment. Alex n’aurait pas déposé son télescope ailleurs que chez Lewis…

Par lewlotte - Publié dans : Famille je vous... - Communauté : Relations amoureuses
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 20:01

Les choses basculèrent au creux de l’automne, dans le vent hurlant de Novembre. La nature s’était dépouillée et courbait l’échine, et partout courait la longue plainte des tempêtes, autour des branches mortes, dans les rues ruisselantes, dans les conduits de cheminée. Les gens emmitouflés allaient à pas rapides trouver un toit pour s’y réfugier. Ce n’était pas une saison pour partir.

Distraitement penchée sur ses mathématiques, Charlotte écoutait la pluie interminable qui frappait sur ses vitres et regardait les grosses gouttes y couler lourdement  comme de petits têtards transparents et huileux, des dizaines de petites loupes entre les auréoles de buée.

 

L’après-midi mélancolique touchait à sa fin, c’était déjà la nuit, violette, plombée qui se répandait du fond de l’horizon comme une grande tache sur le ciel tout entier. C’était un moment vide, inutile, angoissant. Dans quelques minutes, Etienne et Clément seraient là. Mais ce soir, avec le sentiment d’être prise pour complice d’une histoire dont elle ne savait plus rien ; avec en bas l’affairement précis d’Isabelle, femme parfaite préparant l’apéritif, elle n’avait envie de voir personne.

Elle voulait être seule ; elle voulait laisser pleurer ses yeux qui débordaient déjà. Par trois fois, elle crut entendre la sonnette tant ses oreilles et son imagination bourdonnaient. Jamais elle n’avait tant redouté un son, un simple son. Rien qu’en heurtant l’oreille intérieure de ses songes, c’était comme s’il descendait en saisissant sa gorge, ses poumons, ses intestins et les essorait à pleines mains ; elle en avait de l’écoeurement plein le ventre et la bouche.

 

Mais la sonnette ne retentit même pas ; elle entendit simplement les voix dans l’entrée, celles de Clément et d’Isabelle, cordiales l’une pour l’autre ; et elle les détesta toutes les deux. D’un ton impératif et légèrement agacé, Isabelle appela Charlotte à travers l’escalier. Mais Charlotte avait décidé de ne pas y répondre. De quoi se mêlait-elle ? Qui était-elle dans cette histoire pour se permettre de lui donner des ordres ? Elle ne tiendrait pas compte des injonctions de cette profiteuse qui la méprisait. A leurs pas, elle entendit qu’ils se rendaient au salon, qu’ils s’installaient, et la voix un peu plus irritée d’Isabelle : « Mais enfin, qu’est-ce qu’elle fabrique ? Elle est au téléphone ? »

Non, Charlotte n’était pas au téléphone ; elle sentait qu’Isabelle perdait patie nce et c’était bon même si elle aussi était en ébullition. Elle trouvait à se monter contre cette femme un dérivatif à sa gêne vis-à-vis de Clément. Cela lui permettait d’épuiser son excès d’agitation. Puis, ce fut au tour d’Etienne de sortir du salon et de monter l’escalier « Tu veux bien venir, ma puce ? Clément est arrivé. » C’était plus gentil. Mais il était de leur côté. « Mais certainement, papa » répondit-elle d’un ton doucereux, et elle vint à sa rencontre.

 

Pour mieux affronter les trois adultes, Charlotte s’était apprêtée. Avec sa jupe en tweed et son pull en V noir, les cheveux tirés et ses yeux lourdement ourlés de khôl, elle avait maintenant l’allure citadine et altière de ses copines de classe. Elle s’était mise dans la pose de Solveig. Solveig qui ne se laissait jamais atteindre… sauf par Lewis, rectifia-t-elle aussitôt pour elle-même.

Il ne fallait considérer Clément que comme un étranger, un ennemi potentiel.
Par lewlotte - Publié dans : Famille je vous... - Communauté : trop dure la vie....
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 11:27

Curieux... Avant même qu'ils n'aient reçu ma lettre ils savent...
Et le futur mari déclare "ne pas comprendre"... Je doute qu'il puisse jamais y arriver puisqu'il déclare ne pas me comprendre avant même de me connaître.

Moi je ne vous connais pas , monsieur; donc je ne peux m'étonner de ne pas vous comprendre; ce que je comprends très bien c'est que mon refus va faire tache. Tant mieux. Si j'existe un peu parmi vous ce sera sous la forme d'une grosse tache. En écrivant, j'espère qu'elle sera d'huile!
Mais je vais me calmer maintenant.

Papa est muet, il attend sans doute que ce soit officiel. Mais Alex a parlé. Comme d'habitude, il a eu des mots avec son père et n'a pu taire la résolution qui mûrissait en moi. Pourquoi la taire, d'ailleurs? Elle se formait, belle et entière, comme la pleine lune qui monte.

C'est Clément qui m'a appelée et nous sommes restés plus d'une heure au téléphone. J'étais contente qu'il appelle même si au début je me méfiais, j'avais peur qu'ils l'aient pris pour porte-parole. Mais depuis qu'il a rompu avec Annabelle, il s'est éloigné à une vitesse vertigineuse de leur système.
Juliette, sa nouvelle compagne, a l'air si tranquille. Tellement tranquille qu'Alex n'en parle presque pas, mais je sens qu'il l'aime bien, qu'il est soulagé que ce soit elle qui ait pris le relais.


J'ai dit "Je n'assisterai pas au mariage de ma soeur", je l'ai dit comme ça, car je ne voulais pas mettre un prénom sur  celle qui m'a toujours été étrangère. Mais il n'a pas insisté, il voulait parler d'autre chose, de rien en particulier, mais d'autre chose. Il avait la voix fatiguée. 
Alors j'ai raconté ma visite au château d'Oiron, des oeuvres d'art contemporain dans ce grand lieu presque  vide en cet après-midi de mercredi écrasée de chaleur. 

Comme de celle que vous voyez là, le miroir est placé de telle façon que la courbe brisée peinte au mur s'y reflète en une ellipse bien nette.  

Et je pense maintenant que cette image me correspond, jusque là la forme de ma pensée avait des cassures mais elle semble commencer à s'établir, il n'y a pas que ma décision qui m'y aide.

Il ya tout ce que j'ai pu écrire sur ce blog, depuis six mois déjà, l'idée d'un récit à parfaire pour voir se dessiner clairement le contour de cette vie.
Ou est-ce une illusion d'optique?
Qu'est-ce qui est plus vrai, de la ligne dessinée, ou du reflet? Ou du dessein de l'artiste?

Mais aussi l'ellipse... C'est une période de l'histoire qui est tue...

Je sens bien Clément que tu n'as plus envie de te battre à leurs côtés. Que tu veux toi aussi de l'harmonie, que ton rêve se porte dans le reflet, qu'il n'épouse plus tout à fait la forme conventionnelle des murs.
Tu étais toi aussi triste et choqué qu'on n'ait pas mis Lew sur les cartons d'invitation et tu m'as dit ce soir que de toute façon il n'aurait sans doute pas été là pour la "fête".
Car son papa, en Angleterre, ne va pas très bien et qu'il va au début du mois de Juillet passer quelques temps auprès de lui, à Londres.

Tu vois, ça je ne le savais pas. C'est toi qui me l'a appris.
Penses-tu encore avoir de l'aversion pour Lew?
Oh, je sais, tu iras à ce mariage, toi, mais tu iras détaché et plein d'ennui.
Car tu as toujours préféré les enfants qui te déroutent, ça se voit. Ca se sent.
Par lewlotte - Publié dans : Famille je vous... - Communauté : Relations amoureuses
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Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /2009 22:15

Plusieurs fois, le père d'Alex , cette année-là m'a demandé de revenir chez mon père à moi.
Déjà, il avait été ulcéré que son fils ne soit pas homo-pour-rire, qu'il ait pu quitter le confort de sa maison pour s'installer chez Lew, presque sans crier gare ; et que moi pour couronner le tout j'aille aussi y poser mes affaires, c'en était un peu trop!

" Avec eux, tu n'as pas d'avenir. Admets qu'un garçon tombe amoureux de toi; osera-t-il se déclarer ou venir te rendre visite avec ces deux dôles de chaperons? et que pourra-t-il bien imaginer sur le genre de vie que vous menez là-bas?"


Le genre de vie... De toute ma scolarité,c'est pourtant l'année  où j'ai le plus bossé! Nous bossions tous les trois. Bien sûr, nous faisions la fête un soir de temps en temps, nous dînions avec des amis, mais Lew et Alex ont toujours tenu , comme j'étais encore mineure ,à quelques mois du bac de français et que tous deux voulaient être tranquilles, à ce que l'appart reste un "espace raisonnable".

Je me serais sans doute bien plus exposée dans des soirées occasionnelles si j'étais restée chez mon père. Lorsque celui d'Alex a vu Lew pour la première fois il s'est inquiété. Officiellement parce que le garçon sans être outrancier ne ressemblait à aucun autre jeune mec qu'il avait pu connaître jusqu'alors, qu'il était un peu trop à l'aise mais dans le fond parce qu'il a compris que ce serait du sérieux et que d'un seul coup la vie de son fils lui échappait complètement.

C'était bien ça, le fond du problème, puisqu'il perdait la main, puisque son système de valeurs, la forme de séduction à avoir, la valorisation du mariage et de la famille, la réussite sociale et les "tableaux de chasse" en femmes, les performances sportives et sexuelles perdait la main face à un amour, incongru mais vrai et surgi d'il ne savait où, puisque tout dans cet évènement du coeur venait contredire ses idéaux à lui, des idéaux conformistes, eh bien forcément ça n'avait pas d'avenir.

Et pourtant ça dure... Pas par esprit d'opposition, mais parce qu'ils se découvrent encore; et que leur vie est à inventer.
Mais évidemment, si vous considérez que l'avenir, c'est un chemin tout tracé...

Par lewlotte - Publié dans : Famille je vous... - Communauté : Pensées Nocturnes
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