Ici, nous n’avons pas peur de marcher serrés l’un contre l’autre, dans la rue. Bien sûr, nous avons croisé deux ou trois regards hostiles ;mais très peu en fin de
compte, c’est plutôt de la curiosité et qui sait, une pointe d’envie… Lorsque, de cette façon, j’avance en sentant la caresse de ses flancs chauds à
mes côtés, j’ai l’impression que quelque chose s’est accompli en moi, et j’aimerais le vivre davantage au cœur du monde, sincèrement. A Lille, nous nous dissimulons. Jamais je n’ai embrassé Lew à
l’extérieur, en public, pourtant j’en meurs d’envie. Les couples hétéro ont bien le droit, eux, d’afficher leur bonheur, partout. Nous avons des lieux « réservés ». C’est odieux mais il
n’y a pas d’autre choix.
Tu ne me croiras sans doute pas, mais c’est Sebasto qui nous a indiqué les bonnes adresses gays de la ville. Lui qui fait tant « latin lover », il s’est laissé tenter dans sa jeunesse, et n’en garde pas un si mauvais souvenir que cela… Quand j’étais gamin je le trouvais hautain, je me méfiais de lui ; nous n’avons jamais réellement pu communiquer. Mais la présence de Lew semble l’inspirer ; il va falloir que je me méfie. Pas seulement de Sebasto, d’ailleurs ; Lew est tellement expansif et il danse si divinement bien qu’il fait déjà sensation ici, la « movida » de Barcelone convient parfaitement bien, tu t’en doutes, à son tempérament volcanique. Peut-être devrions-nous nous installer dans une ville comme celle-là.
Mais ce serait t’abandonner, Charlotte et nous ne pouvons plus nous passer de toi. Lew m’a fait jurer de ne pas t’en parler, mais je n’y tiens plus. Nous avons consacré l’après-midi d’hier à la recherche de ton cadeau de Noël. Lew avait une idée bien précise, de cette précision surprenante qu’il a parfois quand il lui prend d’être extrêmement sérieux. S’il n’était pas aussi craquant, je pense qu’il se serait fait étrangler par une coalition de vendeuses espagnoles. Enfin, nous y sommes et à mon avis tu ne seras pas déçue. Mais j’en ai trop dit …Débrouille-toi, si tu morfles d’impatience, tant mieux, ce sera encore meilleur de se retrouver. Et ainsi soudés, nous pourrons affronter ce qui nous attend en Janvier, juste après la rentrée.
Papa et Annabelle veulent absolument que nous allions dîner chez eux, tous
les trois. J’avais l’intention de préparer un plan de bataille, mais Lew s’y refuse, pensant que nous devrons aviser sur place, et donner une image authentique et spontanée de « notre
ménage ». Pour autant, j’estime que tu dois être prévenue afin de fourbir tes armes. Papa continue à me « financer » et assure plutôt bien le lien avec ton père ; donc nous ne
pouvons absolument pas nous défiler. D’ailleurs, ce ne serait pas très convenable. Mais je ne te cache pas que cette perspective , d’aller à nouveau affronter les préjugés de nos familles et la
perfidie d’Annabelle gâche un peu mon bien-être présent.
Sans doute suis-je un peu trop tourmenté à cette idée…
Quoiqu’il en soit, Charlotte, profite bien de tes heures de liberté, et embrasse Aurélia avec toute l’affection et le respect que j’ai pour elle.
A très, très bientôt ;
Alex.
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