« Comment se fait-il, que tu aies laissé à côté de la machine ce jean… Maculé de boue… à l’entrejambe… Laurent m’a bien alerté, mais je n’ai pas voulu le croire… Ce garçon est si plein d’aigreur depuis que Lew et moi sommes ensemble. Je lui ai dit de fermer sa gueule, de se mêler de ses affaires. Je lui ai dit que je te faisais confiance, depuis toujours…Et pourtant, je l’ai trouvé ce jean ! Tu aurais pu au moins prendre la peine de le laver, de le faire disparaître…
- Mais qu’est-ce que tu t’imagines avec ça ? gémit Charlotte, la tunique sauvagement
remontée au-dessus des seins, et lui débouclant sa ceinture en respirant lourdement. J’ai simplement voulu grimper à un arbre, c’est tout !
- Arrête de me prendre pour un con, Charlotte. Tu mens effroyablement mal.
Sa main alors lui arracha les deux boutons de sa jupe, deux boutons nacrés qui touchèrent le plancher et qu’il écrasa comme des perles sous son talon. Le bas de son ventre était tout moite.
- Que vas-tu faire, Alex ?
- Je veux savoir la vérité. Après tout, je peux m’occuper de toi aussi bien qu’un autre. Je n’ai pas eu que des mecs dans ma vie. Et toi, tu prétends encore être intacte ? Intacte… Quelle blague ! C’est le mensonge qui rend femme, Charlotte ; et tu verras, je me débrouille bien avec vous, même si je vous méprise. Tu me feras moins souffrir, Charlotte, si je te méprise. Lui, c’est déjà fait… Si tu crois que je ne vous ai pas vus murmurer en coulisse et vous glisser des rires dans le cou, plusieurs fois, avant de venir me voir…
- Alex, nous sommes simplement amis. Nous n’avons pas voulu te blesser, ou t’exclure.
- Mais je ne sens plus rien de tout cela, trésor. Et pour te le prouver, je vais aussi te faire connaître les émois de Lew. Les profonds, les sauvages. Puisque tu nous as si souvent épiés derrière les portes, c’est bien que ça te fait envie, ça aussi… »
Prise de terreur, Charlotte voulut se débattre. Mais il lui avait pris les deux poignets en tenaille, et resserrait le poing. Elle était couverte d’une sueur aigre qui paraissait le stimuler à l’extrême. Mais comme il commençait à lui mordre savamment le lobe de l’oreille gauche, son portable sonna. Il releva la tête, hagard.
« C’est Lew… » fit Charlotte. En effet, trois coups brefs interrompus. Et cela reprenait…
« Merde… » souffla Alex qui se demandait où était passé son appareil et qui relâcha la pression de son bassin en tournant les yeux. Charlotte alors ne réfléchit plus ; elle rassembla alors tout ce qu’elle pouvait avoir de forces enfouies et instinctives, pour libérer ses chevilles pour dégager ses jambes sous le corps ennemi, surpris qui chancelait et pour lui envoyer son pied droit en pleine mâchoire.
Il ne cria pas. Pourtant le choc avait rendu un son mat. Il tomba à la renverse, comme s’il avait été fait de chiffons.
Mais elle ne voulut pas s’en préoccuper. Elle attrapa son sac à main, et comme il lui barrait le chemin de la porte, elle alla s’enfermer dans la salle de bains.
Par la lucarne, la lune s’étalait, diffuse, sur les surfaces d’émail livides. Le carrelage était froid, l’air de la petite salle glacial. Ses larmes jaillirent. D’incompréhension, d’effroi, de solitude ; elles jaillirent à flots âcres et brûlants, qui donnaient des soubresauts au cœur et dans la gorge.
On frappa à la porte. Elle continuait à pleurer, sans répondre.
« Charlotte… » faisait-il d’une voix plaintive derrière la
porte.
Mais c’était fini, c’était brisé. Elle n’ouvrirait pas.
« Charlotte, j’ai la bouche qui saigne. »
Tant pis. Tant mieux. Au moins, cette fois-ci, elle avait réussi à l’atteindre.
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