Tu te souciais, Manon, d' Alex ton nouveau "petit" frère, resté seul à Lille pour y travailler alors que Lew se dorait sur les plages
de Lacanau en notre compagnie.
Et ce,très peu de temps après son retour de Londres; il avait très vite manifesté son désir de ne pas rester à Lille.
Mais non, Lew n'est pas égoïste. Peut-être imaginez-vous déjà, après quelques mois de blog, combien leurs caractères à l'un et à l'autre sont épouvantables...
Et puis, autant Lew a besoin de se jeter dans le tourbillon des relations humaines, très superficielles parfois, autant Alex est un studieux solitaire que les "mondanités" saoûlent au bout de
quelques heures...
Il a toujours été comme ça ton frérot, Manon, du genre même à déclarer d'un ton très enjoué dans le salon de l'appart Lillois "Je me lève aux aurores demain, et puis cette conversation m'ennuie;
alors vous ne m'en voudrez pas si je vais me coucher..."
Ah, tout de suite ça jette un froid, surtout pour les invités. Il faut connaître...
Il aura beau vouloir, éducation+ Lew oblige, se comporter en gentleman, sa patience lui joue des tours quand elle est mise à trop rude épreuve par des importuns...ou des importunes!
Le mois de Juillet, quand j'étais petite, comportait toujours ces deux semaines passées à Haut-Lieu, dans la maison de campagne de Clément.
On y recevait souvent du monde, comme si la belle société lilloise libérée des contraintes du boulot n'avait rien de plus pressé que de se reformer à la campagne.
Le notaire de Clément avait une paire de jumelles (des filles) qui avaient l'âge de Stéphanie
ma soeur et par conséquent d'Alex.
Nous devions après déjeuner occuper comme il se devait ces demoiselles; Alex ayant à coeur de se comporter avec toute la courtoisie de "fils du maître des lieux" même si la perspective de
sacrifier une après-midi de lecture , d'observations de la faune ou de bricolage à ces "dindasses" le motivait à peu près autant qu'une séance chez l'orthodontiste.
Moi, je ne les connaissais pas; mais la rapidité avec laquelle elles se sont trouvées quantité de points communs et d'affinités avec Stéphanie m'ont fait craindre le pire... Dès le déjeuner
d'ailleurs, je le sentais supérieurement agacé par leurs minauderies et gloussements de bonnes citadines, mais comme dirait Lew et pas seulement lui d'ailleurs: "Keep a stiff upper lip"...
La visite bruyante et fort peu discrète des étages s'est poursuivie par une partie de cache-cache initiée par ma chère soeur. Bien entendu , mon ami s'est aussitôt retrouvé affublé du rôle de
satyre de service et le coup d'oeil que nous avons alors échangé en disait long . Jusqu'à quelle heure le tourment imposé par la bienséance familiale s'éterniserait-il?
Jusqu'à ce que la fragile limite soit atteinte.
Les dindasses ne savent ni se dissimuler corecctement, ni réfréner leurs stupides bruits de gorges ou battements d'ailes atrophiées. Le relais fut vite pris par une belle tenante de la basse-cour
qui s'est précipitée partout dans les chambres comme si on l'avait aspergée de gaz lacrymogène, et dans ses improductifs brassements d'air elle a commis la très lourde erreur de faire tomber le
téléscope d'Alex.
Ouh là là...Casus Belli???
J'eus aussitôt dans l'idée de me réfugier très lâchement au jardin où les parents se servaient leur énième pousse-café, mais je n'en ai pas eu le temps. Mimant fort bien la plus haute
contrariété, Alex s'est précipité sur le précieux objet, qu'il a pris sous son bras avant de s'enfermer au grenier pour le reste de l'après-midi.
En réalité, il n'y eut aucune casse véritable, mais c'était là un excellent prétexte pour laisser tout en plan et ne réapparaître qu'après l'envol des disgracieux volatiles...
Car Alex a tout de même beaucoup de chance. Son père a toujours considéré ses sautes d'humeur comme chose sacrée et jusqu'à son coming-out s'est fait une règle d'or de contrarier son fiston le moins possible.
J'ai donc été la victime des dernières heures; la petite qui ne comprend rien à rien et dont on se fout ouvertement car sur bien des choses cruciales dans la vie d'une jeune demoiselle, elle est
d'une naïveté consternante!
Lui n'a même pas daigné réapparaître lorsqu'on a servi les glaces dehors, c'est vous dire...
Quelques heures plus tard, nous nous sommes retrouvés au jardin à nous empiffrer des restes et à ricaner tout aussi bêtement que nos indésirables invitées.
" Il devrait y avoir un Dieu pour empêcher les honnêtes personnes de se retrouver dans des situations pareilles!" ai-je alors dit, tout de même soulagée que ce fut fini. Dernièrement il m'a
rappelé ce très existentiel cri du coeur sans se souvenir pourtant de sa réponse.
" Moi je n'ai pas vraiment besoin d'un dieu, juste un super-anti-filles-chiantes pour balayer tout ça quand on en a envie..."
D'un revers de cape? Et bien malgré la suite des événements, ce surhomme n'a toujours pas été trouvé, mon vieux!
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