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Le temps des rébellions

Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /2009 10:08

Avant d'aller plus loin, dans le récit inégal de nos conneries de jeunesse,je tiens à préciser qu'en matière de sexualité je suis adepte de la plus grande prudence. Eh oui, pépé sortait couvert, sans rien se refuser cependant. Il ne saurait que trop vous conseiller de faire pareil, c'est la seule garantie.

J'aurais bien eu envie d'apporter à Vlad d'autres stimulations que les petits massages  qu'il semblait apprécier mais ç'aurait été malvenu sans doute de la part d'un mec qui se disait éperdument attiré par Lew... En résumé, après avoir joué la provoc' devant mes "parents" nous étions en tête à tête d'une sagesse déroutante, surtout occupés à parler, à rattraper peut-être le temps perdu en amitié...

Vlad n'imaginait pas que je vivais dans une atmosphère aussi étouffante; et tout en étant lui-même dans une merde noire; il trouvait encore la délicatesse de me plaindre. Je me souviens même que j'ai craqué. Jamais je n'en avais parlé devant Charlotte, parce que devant Charlotte il fallait se montrer solide pour qu'elle ne plaque pas tout mais je songeais très sérieusement à abandonner mes études pour lesquelles j'avais l'impression de sacrifier mon indépendance et ma vie.

Malgré tout, je tiens ce week-end de septembre 2003 comme un des plus constructifs de cette même vie et le lundi je suis retourné à la fac, le pas lourd et la mort dans l'âme, d'autant que Vlad ne serait pas là à mon retour puisque Laurent revenait le chercher en début d'après-midi. D'ici là, Vlad serait seul avec Annabelle dans la maison. Un peu comme un gardien car je savais pertinemment qu'elle profitait de mon absence pour aller fouiller dans mes affaires. J'avais même renoncé à tenir mon journal depuis qu'elle était parvenue à mettre la main dessus et qu'elle en glissait perfidement quelques phrases dans la conversation. Si à l'époque j'avais tenu un blog, il ne serait pas resté confidentiel bien longtemps...

Toujours est-il qu'en partant, je ne sais pas ce qui m'a pris de lui demander ce service. "Trouve quelque chose pour la faire chier, je sais pas, maquille-toi, mets-toi en robe; minaude devant la glace, fais lui croire ce que tu veux mais ne lui laisse pas l'esprit tranquille avant de quitter les lieux."
Mais qu'est-ce qui lui a pris, à lui aussi?

Le soir venu, j'avais oublié ma prière, après une journée de boulot passionnante ( et efficace), je retrouvais pour une fois la maison sans mon appréhension habituelle et je montais "chez moi". Là, stupeur. Annabelle était assise sur mon canapé, la mine défaite.
Deux pots entiers de moutarde me montent au nez, avec en prime les verres Titeuf et le couvercle en plastique rouge. Ma foi, il m'en faut, des trésors de courtoisie pour lui demander civilement ce
qu'elle fait là...

Alors elle me tend un petit papier (bleu) en me demandant ce que ça signifie:

"Sooooo long, funny barebacker...."
Je ne me souviens plus exactement du nombre de "o", ni du nombre de points à la fin, mais c'était considérable... Ben merde alors, je lui en avais pas demandé tant. Ou si peut-être, mais là il s'est surpassé.
Je dois avoir l'air catastrophé, je le suis avant tout pour lui.

Après avoir demandé très instamment à Annabelle de ne rien dire à personne, ce qu'elle me concède pour l'instant en me conseillant de faire disparaître le billet, après avoir trépigné pendant tout le dîner tandis qu'elle triomphait, le nez dans son assiette, après avoir tenté en vain de l'appeler, je bondis dans ma bagnole et je fonce chez Laurent.

Aucun message d'explication sur mon portable, qui m'annonce en revanche quinze SMS de Charlotte. Au jugé, j'ouvre celui "du milieu"; elle est prise pour jouer Christine Linde dans une adaptation de Maison de poupée.
Bon, ben voilà, elle est contente, quoi! J'efface tous les autres sans même les lire.

Non, ce que j'aimerais savoir, c'est ce qui a bien pu passer par la tête de Vlad quand il a écrit ce putain de mot que je vais payer chèrement. J'ai bien envie de l'engueuler un peu, quand même!
Colère. On m'y reprendra, à être sympa... 
Et bien entendu, comme à chaque fois que j'ai absolument besoin de voir quelqu'un , je me casse le nez sur une porte close. Ils sont quand même pas allés faire la bringue, un lundi soir?

Moi, je décide de faire la gueule... Pour apprendre que quatre jours plus tard  Vlad a été hospitalisé en urgence

Par lewlotte - Publié dans : Le temps des rébellions - Communauté : trop dure la vie....
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Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /2009 10:28
Nous voulions être amis et je m'étais comporté de façon lamentable; on pense souvent assurer en étant incisif alors que c'est juste une manière de se retrancher dans son dépit. Alors que la vraie amitié demande souvent qu'on baisse un peu la garde.

Je n'oublierai jamais le regard de Vlad lorsque cette nuit-là j'ai débarqué chez lui, à l'improviste avec Laurent. De grands yeux écarquillés de stupéfaction, les sourcils contractés, sur la défensive; mais déjà une petite lueur qui ressemblait à du bonheur. Et lorsqu'avant de partir je lui ai pris les mains; l'image de Lew s'est estompée et Laurent n'existait plus.

J'y suis retourné seul, et curieusement; il passait très vite sur la vacherie qui lui était tombée dessus, il me parlait de Lew, comme on fait un cadeau. Pourtant, il en bavait. Sa famille avait accepté de prolonger la location de son appart', mais pour le maintenir à bonne distance, et même parmi notre "cercle", on me reprochait maintenant d'entretenir avec lui une relation "malsaine".
Oui, "malsaine"... Ca me faisait bien marrer, quand on sait que nous sommes tous des bouillons de culture sur pattes!

Celui qui m'a surpris, en revanche, c'est le petit Laurent. Lui ne s'est pas défilé, comme ils habitaient tout près l'un de l'autre, il a tenu à ce que Vlad vienne chez lui, dès qu'il en aurait envie. Dès que la solitude de son logis où il avait tant ruminé d'angoisse et de désespoir lui deviendrait insupportable. Mais Laurent s'inquiétait, pour ces trois jours où son étude fermait et où il comptait partir un peu en vacances. Il m'a demandé de prendre Vlad chez moi.

Sauf que chez moi, c'était aussi chez mon père. Certes j'avais pour ainsi dire mes appartements au-dessus de sa maison, mais tout l'atmosphère y était empesté de ma belle-mère Annabelle. A mon tour, je ne me suis pas défilé, j'ai même été heureux de l'accueillir. Mais vous vous en doutez, l'atmosphère a été bien particulière...
Faut pas prendre vieux monkey pour un con, inutile de planquer la batterie de médocs que Vlad trimballait avec lui, oui, on a joué cartes sur table de salle à manger et papa ne s'est pas permis la moindre remarque, parce que mes yeux à moi le lui interdisaient. Je sentais bien pourtant qu'il bouillait intérieurement et cette ébullition me transportait de plaisir.

Tout comme les guets d'Annabelle, dans l'escalier qui mène à mon grenier. Depuis toutes ces années de surveillance en tapinois, j'avais appris à reconnaître sa présence, son odeur, je n'avais pas besoin de la voir pour savoir qu'elle était toute proche, et qu'elle n'en perdait pas une miette. Plus encore, je m'offrais le délice de conforter ses soupçons, et de donner des inquiétudes à mon père. Juste retour des choses, je comptais bien ne plus leur laisser le moindre repos; jusqu'à ce que je quitte cette baraque, empoisonnée depuis la fuite de maman. 

Bien entendu, rien de tout cela n'avait échappé à Vlad. Mais malgré l'accumulation de tensions en-dessous de notre domaine, il se sentait en sécurité, et il a joué son rôle. Discret, souriant, caressant presque lorsque  nous descendions au salon. Et devant eux, sacro-saints tuteurs qui s'estimaient responsables en maintenant d'habitude les désarrois, les exclusions et la maladie derrière leur porte; je ne perdais jamais une occasion de lancer à Vlad un regard appuyé, ou d'effleurer son épaule lorsque je me levais de table.
Par lewlotte - Publié dans : Le temps des rébellions - Communauté : trop dure la vie....
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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /2009 10:45


Charlotte veut continuer l'histoire. Mais il y a des épisodes sur lesquels elle préfère laisser la parole. A Lew, à moi, à d'autres si l'occasion s'en présente...

Même si je n'y participe guère que depuis notre "course à la lune"; je commence à me demander ce que ce blog va devenir... Agréable causerie entre amis ou thérapie de groupe? Le glissement s'opère parfois avec une facilité surprenante. Mais continuons.
Ce soir d'août où Lew a dansé, Laurent lui aussi était là. Avec des amis.
J'avais rompu, nous étions brouillés; et sous prétexte de faire la connaissance de Charlotte, il est venu renouer la conversation. Bien entendu, le genre de regard que j'ai pu porter sur Lew ce soir-là ne lui a pas échappé. Il est malin, Laurent, et il connaît bien les ressorts grossiers qui me font fonctionner.
En premier lieu, la jalousie.

Croyant bien faire, Charlotte s'est empressée de lui demander qui était ce "météorite". J'ai été extrêmement surpris de le voir aussi bien renseigné. C'est que, nous a-t-il glissé avec son insupportable ton de confidence, le Lewis en question avait eu une relation de plusieurs mois avec Vlad.


Lui aussi, je croyais le connaître, tout empli de certitudes que j'étais alors. Vlad était un mec hors normes, étudiant aux Beaux-Arts, d'une intelligence vive, qui entre autres talents se distinguait particulièrement en peinture. Vingt-cinq ans à l'époque, et déjà des cheveux blancs , un visage aux pommettes hautes d'une rare finesse, des yeux gris métalliques aveuglants et surtout un esprit intuitif qui savait tout comprendre, tout percevoir en un éclair.

Impressionné et un peu craintif, je m'étais retranché avec lui derrière le masque de l'arrogance car comme beaucoup d'êtres supérieurement sensibles, il laissait transparaître une fragilité qui ne résisterait pas aux attaques du mépris. Pourquoi me suis-je comporté de manière aussi hautaine et aussi cassante envers lui durant les premiers temps?
Je vous l'ai dit je crois, la terreur orgueilleuse de perdre la face devant un de ses traits, de paraître si inculte, si laborieux devant une personne qui connaissait tant de choses, analysait avec une telle vitesse et tant de facilité. Et puis c'était un ami de Laurent, donc nous étions amenés à le fréquenter quand j'aurais voulu tisser quelque chose de très exclusif autour de mon mec. 

Et voilà que tout juste remis de l'éblouissement admiratif que j'avais eu devant Lew, j'apprends qu'ils ont partagé plusieurs mois; que Lew a vécu dans la lumière de cet esprit que j'ai stupidement et amèrement renoncé à connaître. Et que s'il avait été amoureux de Vlad, moi je ne l'aurais jamais.
Vous avez certainement connu ces moments de dépit; ceux où vous vous sentez si impuissant à gagner un bonheur alors que d'autres n'ont en apparence qu'à respirer pour le cueillir? Ces instants où le poison de la jalousie peut faire basculer dans le crime.

Ne vous êtes vous jamais senti comme parcouru d'un courant électrique  d'une force à faire disparaître l'ennemi définitivement, dans un nuage de fumée, comme au théâtre?
Dites oui, ça me rassurerait.
Je ne parle pas d'agonie prolongée et douloureuse, mais juste d'une sorte de foudroiement qui vous débarrasserait de cet obstacle humain, de cette condamnation vivante à votre bien-être. Et surtout, qu'une fois volatilisé, tout le monde ait oublié son existence.

C'est cette désintégration que j'ai souhaité à Vlad, même si leur histoire était terminée, pendant quelques instants. Qu'il soit saisi, frappé, réduit en cendres séance tenante, où qu'il soit.
D'ailleurs où était-il? Laurent discourait sur lui depuis peut-être deux bonnes minutes durant lesquelles j'avais perdu la notion de la durée. " Et comment ça se fait qu'il ne soit pas là ce soir?"
Je n'ai pas eu l'impression de poser la question, elle est sortie de moi et Laurent s'est tu avant de me répondre.

Il n'y avait plus besoin ni de courant électrique, ni de fumée, ni de foudre; Vlad portait déjà en lui le virus de sa destruction. L'éclair m'est revenu en pleine face et je me suis senti infime, minuscule... Avec tout de même encore un abcès à crever.
Nous avons alors quitté la fête, j'ai redéposé Charlotte chez son père; et puis j'ai emmené Laurent, à toute vitesse, chez Vlad.
Par lewlotte - Publié dans : Le temps des rébellions - Communauté : Homo sensualité ..
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Lundi 27 juillet 2009 1 27 /07 /2009 21:03



Lille, Août 2003
«  Je te jure qu’il y a un gros truc qui vit dans cet arbre.

-Tu as toujours fantasmé sur les bestioles réelles ou supposées.

- Alex, est-ce qu’un jour tu vas me prendre au sérieux ?

- Mais tu peux tout à fait dormir au grenier, continua-t-il, les araignées tellement grosses qu’elles avalent les souris tout rond, en fait c’est pas vrai… »


Charlotte amorça une gifle et, se dégageant à temps, Alex se mit à courir devant.

«  Ca fait huit ans que tu le crois, alors il fallait bien que je te le dise !

-Et encore merci d’avoir contribué aux rires stupides de la Triple Alliance lorsque j’ai parlé de cette bête !

- Je t’avais dit d’y aller mollo sur la Pina Colada, à quoi ça sert d’avoir une duègne si tu n’écoutes jamais ce qu’elle te dit ?

-Tout le monde se fout de ce que la duègne raconte.

- Surtout lorsque la duègne, en fin de soirée, t’emmène dans des lieux de perdition…

- Pourquoi ce béret, Alex ? A part donner une crise d’apoplexie à papa Clém’ ?

- Il en avait un lorsque je L’ai revu. J’étais dans le hall de la gare à regarder les départs pour la Hollande au grand panneau lorsque j’ai ressenti cet espèce de pincement au ventre. Je me suis retourné et j’ai vu , de dos, un béret noir sur une silhouette dansante, tout juste hâlée, qui chaloupait vers la sortie. Un instant, j’ai cru que mes entrailles allaient se liquéfier et je suis parti comme une fusée vers la sortie. Lui, Il prenait son temps. Car c’était bien Lui. Je n’ai pas pour habitude d’écouter mes tripes ; mais là, je dois saluer leur redoutable intuition…Oh, ce visage, Charlotte, ces yeux…Lorsque j’essaie de mettre ça en mots, j’ai l’impression de toujours répéter la même chose, alors que mes organes , mes nerfs parlent un langage toujours plus nuancé, toujours plus affûté, toujours plus pressant. Avec notre pauvre vocabulaire, j’ai l’impression d’avoir tout épuisé dès la première fois que je t’en ai parlé alors que je n’en suis qu’au début, qu’au tout début…

- Mais, Alex, s’il était hétéro ?

- Ouais, et  si la mer du Nord débordait ? Si on se prenait un météorite de 35 km de diamètre sur la gueule, juste ce soir ?

- Bon, je n’insiste pas… C’était juste une idée comme ça…

- J’y ai pensé, figure-toi. Mais ça n’est pas forcément irréversible, pas vrai ? J’y consacrerai le temps et l’énergie qu’il faudra… Nous y voilà, Charlotte. »

Par lewlotte - Publié dans : Le temps des rébellions - Communauté : Pensées Nocturnes
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